Assurance-vie et Paraguay : contrats locaux, français ou internationaux ?

Assurance-vie et Paraguay : contrats locaux, français ou internationaux ?

L'assurance-vie est le placement préféré des Français : près de deux mille milliards d'euros d'encours, et environ 40 % du patrimoine financier des ménages. Elle sert à trois choses à la fois, épargner, transmettre hors succession grâce à la clause bénéficiaire, et loger des supports d'investissement dans une enveloppe protectrice.

Quand on s'installe au Paraguay, deux questions se posent. Que faire du contrat français que vous détenez déjà, le garder, le racheter, le laisser dormir ? Et faut-il souscrire quelque chose sur place, ou ailleurs ? Ce guide répond aux deux, avec les chiffres et les conditions réelles.

Votre contrat français : ce qui change quand vous partez

Commençons par la bonne nouvelle : vous pouvez conserver votre assurance-vie française. Aucun assureur n'a le droit de résilier un contrat au motif que le souscripteur a changé de résidence fiscale. Le contrat reste actif, les fonds continuent de capitaliser, et vous pouvez racheter depuis Asunción.

Trois frictions apparaissent toutefois. Les versements complémentaires sont fréquemment refusés aux non-résidents établis hors Union européenne, non par malveillance mais parce que la conformité multi-juridictionnelle coûte cher à gérer : certains assureurs acceptent, d'autres bloquent, et cela se vérifie avant le départ, pas après. Les arbitrages restent généralement possibles, mais une partie des supports, notamment les fonds immobiliers, cesse d'être commercialisable à un non-résident. Enfin, l'assureur exigera un justificatif de résidence fiscale de moins de trois mois à chaque rachat, sans quoi il appliquera par défaut la fiscalité des résidents.

La fiscalité des rachats devient nettement plus douce

C'est le point que la plupart des expatriés découvrent trop tard, et il joue en votre faveur.

Élément Traitement pour un résident paraguayen
Prélèvements sociaux Exonération totale. Ni pendant la phase d'épargne sur le fonds en euros, ni au moment du rachat. C'est l'avantage majeur du statut de non-résident : un résident français supporte 17,2 % que vous ne payez pas.
Prélèvement forfaitaire sur les gains Pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017 : 12,8 % si le contrat a moins de huit ans, 7,5 % au-delà, ce taux réduit étant réservé à la fraction correspondant à des primes n'excédant pas 150 000 €. Pour les primes antérieures, l'ancien barème dégressif de 35 %, 15 % puis 7,5 % continue de s'appliquer selon l'ancienneté.
Abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € Non applicable aux non-résidents. L'imposition porte sur le gain dès le premier euro. C'est la contrepartie de l'exonération sociale, et beaucoup de guides l'omettent.
Convention fiscale Aucune convention ne lie la France et le Paraguay. Le prélèvement français s'applique donc à son taux de droit interne, sans réduction. Un expatrié au Royaume-Uni ou en Suisse tomberait à 0 %, un expatrié en Espagne à 10 %. Vous restez à 7,5 ou 12,8 %.
Imposition au Paraguay 0 %. Les gains d'un contrat français sont des revenus de source étrangère, hors champ de l'impôt paraguayen par territorialité.
Point de vigilance Les résidents d'États et territoires non coopératifs subissent un prélèvement punitif de 75 %. Le Paraguay ne figure pas sur cette liste française, mais elle est révisée périodiquement et mérite d'être vérifiée avant un rachat important.

Le résultat net : un contrat de plus de huit ans racheté depuis le Paraguay supporte 7,5 % de prélèvement français et rien d'autre, là où le même rachat effectué en restant en France coûterait 30 %. L'écart de plus de vingt points explique pourquoi le calendrier des rachats se réfléchit avant l'installation, et surtout avant un éventuel retour.

La transmission : la question décisive

C'est la résidence de vos bénéficiaires, et non la vôtre seule, qui détermine le sort fiscal du capital décès.

Pour les primes versées avant vos 70 ans, l'article 990 I du Code général des impôts prévoit un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis un prélèvement de 20 % sur les 700 000 € suivants et de 31,25 % au-delà. Ce prélèvement ne s'applique que dans deux situations : si l'assuré est résident fiscal français au moment du décès, ou si le bénéficiaire l'est à cette date et l'a été pendant au moins six des dix années précédentes. Pour les primes versées après 70 ans, l'article 757 B réintègre les primes dans la succession au-delà d'un abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires confondus.

Traduction concrète. Si vous décédez résident paraguayen et que vos bénéficiaires ne sont pas résidents fiscaux français, le capital décès échappe entièrement au prélèvement français, et le Paraguay ne connaît pas les droits de succession. Le résultat est de zéro des deux côtés. Si en revanche vos enfants vivent en France, l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire reprend toute sa valeur, et il n'existe aucun autre véhicule qui le reproduise.

Garder ou racheter

Rachetez si vos bénéficiaires ne sont pas français, ce qui vide le contrat de son intérêt successoral et le ramène à une enveloppe d'épargne comparée à ses concurrentes sur le seul terrain des frais. Rachetez également si le contrat porte des frais de gestion supérieurs à 0,80 % par an, ce qui est courant sur les contrats bancaires de la décennie précédente, ou si les gains latents sont faibles, auquel cas le coût de sortie est négligeable.

Conservez si vos enfants sont résidents fiscaux français, l'avantage successoral compensant alors un rendement médiocre. Conservez aussi si le contrat approche ses huit ans avec des gains significatifs, quelques mois de patience faisant tomber le taux de 12,8 à 7,5 %. Et conservez-le sans hésiter s'il s'agit d'un contrat en ligne moderne, dont les frais d'enveloppe tournent autour de 0,50 % : ces contrats-là sont compétitifs et apportent une diversification juridictionnelle utile face à un portefeuille logé chez un courtier américain.

L'assurance-vie paraguayenne : à quoi elle sert vraiment

Le marché local compte une quarantaine de compagnies, supervisées par la Superintendencia de Seguros rattachée à la Banque centrale du Paraguay. On y trouve les filiales de groupes espagnols et argentins bien connus, ainsi qu'une dizaine d'assureurs paraguayens.

Le constat est sans ambiguïté : ces contrats ne sont pas un outil d'épargne pertinent pour un francophone. Les produits mixtes, mêlant capital garanti et couverture décès, servent des rendements de l'ordre de 3 à 6 % en guaranis, soit à peine l'inflation locale, et de 1 à 3 % en dollars. Il n'existe pas de supports en unités de compte, pas d'accès aux ETF, pas d'architecture ouverte. La transparence sur les frais reste faible et les exigences prudentielles sont en cours de modernisation, encore loin des standards européens.

En revanche, l'assurance-vie paraguayenne est excellente pour ce qu'elle est vraiment : une couverture décès. Un contrat de prévoyance pure, souscrit localement pour quelques dizaines à quelques centaines de dollars par mois selon l'âge et le capital assuré, verse rapidement des fonds à votre famille sur place. Cela couvre les frais immédiats, un éventuel rapatriement de corps, les dettes locales et le temps que la succession se dénoue. C'est une assurance de protection, pas un placement, et il ne faut pas lui demander autre chose.

Les contrats internationaux

Le contrat luxembourgeois

Le Grand-Duché est la place de référence de l'assurance-vie destinée aux expatriés. Les contrats y sont conçus pour des souscripteurs mobiles, et reposent sur un principe de neutralité fiscale : le Luxembourg n'impose pas les gains du contrat, c'est le pays de résidence du souscripteur qui décide. Pour un résident paraguayen, cela donne zéro d'un côté et zéro de l'autre, par territorialité.

La spécificité luxembourgeoise tient à ce qu'on appelle le triangle de sécurité. Les actifs des souscripteurs sont déposés chez une banque dépositaire agréée, séparés du bilan de l'assureur, et les souscripteurs disposent d'un rang de créancier privilégié sur ces actifs en cas de défaillance. Le tout est supervisé par le Commissariat aux assurances, qui contrôle simultanément l'assureur, le dépositaire et les actifs. Il faut comprendre la portée exacte de ce dispositif : il ne garantit pas une valeur, il garantit un rang et une séparation. La valeur du contrat reste celle des actifs sous-jacents. C'est néanmoins une protection sans plafond, là où le fonds de garantie français s'arrête à 70 000 € par souscripteur et par compagnie.

Le contrat peut être libellé en euros, en dollars ou dans plusieurs devises simultanément, ce qui est appréciable quand vos revenus arrivent en dollars. Les supports vont du fonds en euros classique au fonds interne dédié, portefeuille sur mesure piloté par un gestionnaire de votre choix au sein de l'enveloppe, jusqu'aux structures réservées aux très gros contrats et ouvertes aux actifs non cotés.

Le ticket d'entrée se situe le plus souvent entre 125 000 et 250 000 €, et les frais totaux entre 0,80 et 1,80 % par an, enveloppe et supports confondus.

Les alternatives

L'Île de Man propose des contrats accessibles à partir de 25 000 à 50 000 dollars, avec une protection légale couvrant 90 % de la valeur du contrat en cas de défaillance de l'assureur. Le point noir est historique et bien documenté : une partie des contrats vendus dans les années 2010 par des courtiers commissionnés supportent des frais totaux de 2,5 à 3,5 % par an. À ce niveau, l'enveloppe consomme la performance.

Singapour offre un cadre réglementaire de premier ordre, mais l'accès depuis le Paraguay est plus laborieux, les frais sont comparables à ceux de l'Île de Man, et douze heures de décalage horaire rendent la relation pénible. Cette option a du sens pour un expatrié installé en Asie, pas pour vous.

Enveloppe assurance ou portefeuille direct ?

Puisque la fiscalité paraguayenne est nulle dans les deux cas, l'assurance-vie internationale perd son argument habituel. La comparaison se joue donc entre des frais et des fonctions.

Critère Assurance-vie internationale Portefeuille de titres en direct
Imposition au Paraguay 0 % 0 %
Frais annuels 0,80 à 1,80 % 0,20 à 0,30 %
Effet sur vingt ans, 500 000 € à 7 % brut Environ 1,4 à 1,6 million d'euros Environ 1,8 million d'euros
Transmission Clause bénéficiaire : versement direct, rapide et hors succession, souvent assorti d'une garantie plancher égale aux primes versées Aucune clause bénéficiaire. Le portefeuille entre dans la succession, avec une procédure de six à dix-huit mois selon les juridictions concernées
Portabilité Totale. Le contrat s'adapte à la fiscalité de votre prochain pays de résidence sans être dénoué Partielle. Le compte reste accessible, mais la fiscalité change entièrement si vous quittez le Paraguay
Protection contre les créanciers Forte dans la plupart des juridictions, sauf primes manifestement exagérées ou intention de nuire à un créancier existant Faible. Un actif financier ordinaire, saisissable
Ticket d'entrée 25 000 à 250 000 € selon la juridiction Aucun

La conclusion est franche : sur le seul rendement, le portefeuille direct gagne toujours, et l'écart de frais composé sur vingt ans se chiffre en centaines de milliers d'euros. L'assurance-vie internationale ne se justifie donc jamais par la performance. Elle se justifie par trois choses que le portefeuille direct ne sait pas faire : suivre votre patrimoine si vous changez de pays, verser un capital hors succession, et résister à un créancier.

Que faire selon votre situation

Patrimoine financier inférieur à 300 000 € et installation durable au Paraguay. Portefeuille direct chez un courtier international, en ETF diversifiés, plus une couverture décès locale pour protéger la famille. L'enveloppe assurance coûterait plus qu'elle n'apporte.

Patrimoine de 300 000 à un million d'euros, avec un avenir géographique incertain. C'est le cas où le contrat luxembourgeois se défend le mieux. Une répartition d'environ moitié-moitié entre l'enveloppe et le portefeuille direct achète la portabilité : si vous rentrez en France ou partez ailleurs dans cinq ou dix ans, le contrat absorbe le changement sans être liquidé. Le surcoût annuel est le prix de cette option.

Patrimoine supérieur au million avec des bénéficiaires français. Le contrat devient prioritaire, non pour sa performance mais parce que la clause bénéficiaire et l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire n'ont pas d'équivalent. Le portefeuille direct porte alors la partie destinée à être consommée de votre vivant.

Au-delà, l'enveloppe s'articule avec les autres briques d'une architecture patrimoniale complète, que nous détaillons dans notre guide du family office lean depuis le Paraguay.

Cinq erreurs à ne pas commettre

  • Racheter par réflexe en partant. Si vos bénéficiaires vivent en France, vous détruisez un avantage successoral que rien ne remplace. Le calcul se fait avant, pas après.
  • Compter sur l'abattement de 4 600 €. Il n'existe pas pour les non-résidents. Un rachat de 50 000 € de gains sur un contrat de plus de huit ans coûte 3 750 € de prélèvement, pas 3 405 €.
  • Souscrire un contrat paraguayen pour épargner. Les rendements couvrent à peine l'inflation locale. Ces contrats servent à couvrir un décès, rien d'autre.
  • Sous-estimer l'effet des frais. Un point de frais supplémentaire par an, composé sur vingt ans, représente plus de 20 % du capital final. Un contrat à 3 % de frais annuels est une erreur patrimoniale, quelle que soit la qualité du discours commercial qui l'accompagne.
  • Raisonner uniquement sur votre propre résidence. Votre fiscalité est nulle au Paraguay, mais celle de vos bénéficiaires ne l'est peut-être pas. La clause bénéficiaire se rédige en fonction de là où vivent vos enfants, et se relit quand ils déménagent.

Conclusion

Pour un résident fiscal paraguayen, l'assurance-vie de source étrangère est imposée à 0 % au Paraguay, qu'il s'agisse d'un contrat français, luxembourgeois ou mannois. La question n'est donc jamais fiscale du côté paraguayen : elle porte sur les frais, sur la transmission, et sur ce que vous ferez dans dix ans.

Votre contrat français mérite d'être conservé si vos bénéficiaires sont français, et racheté sinon, en profitant d'une fiscalité de sortie deux fois plus légère qu'en restant en France. Les contrats paraguayens ne valent que pour la couverture décès. Le contrat luxembourgeois est un excellent outil, mais il s'achète pour sa portabilité et sa clause bénéficiaire, pas pour son rendement, qui restera toujours inférieur à celui d'un portefeuille détenu en direct.

La bonne réponse est presque toujours un assemblage plutôt qu'un choix unique : un portefeuille direct comme cœur de patrimoine, une enveloppe assurance comme couche de mobilité et de transmission si votre patrimoine le justifie, et une couverture décès locale pour l'imprévu immédiat. Le tout dans un cadre paraguayen qui ne prélève rien à aucune de ces étapes.

Vous préparez votre installation fiscale au Paraguay ? Contactez-nous : résidence fiscale paraguayenne dès 1 400 €, ou 1 800 € en formule Express qui se finalise en un seul voyage de 2 jours sur place, ouverture de compte bancaire à 250 €, création de LLC américaine et comptabilité DNIT à 30 € par mois. Écrivez-nous sur WhatsApp au +595 971 362 302 : réponse rapide, en français.

Retour au blog

Une question ? Écrivez-nous