BEPS 2.0 et impôt minimum mondial à 15 % : ce que ça change pour les expatriés au Paraguay en 2026

BEPS 2.0 et impôt minimum mondial à 15 % : ce que ça change pour les expatriés au Paraguay en 2026

C'est le spectre qui hante tous les expatriés fiscaux depuis 2021 : l'impôt minimum mondial à 15 %. Sous l'impulsion de l'OCDE et du G20, 140+ pays se sont mis d'accord pour imposer un taux d'imposition minimum de 15 % aux grandes multinationales. Les médias ont titré « la fin des paradis fiscaux », les politiques ont célébré « la justice fiscale mondiale », et les expatriés au Paraguay ont paniqué : est-ce que le 0 % sur mes revenus étrangers est menacé ?

La réponse courte est non — pas en 2026, et probablement pas avant longtemps pour les personnes physiques. Mais le sujet est suffisamment complexe et mal compris pour mériter un guide complet. Ce guide explique ce qu'est BEPS 2.0, comment fonctionne l'impôt minimum mondial, qui est réellement concerné, ce que ça change (et ne change pas) pour un expatrié au Paraguay, et quels sont les scénarios d'évolution à surveiller.

BEPS : de quoi parle-t-on exactement

L'origine du projet

BEPS signifie Base Erosion and Profit Shifting — l'érosion de la base fiscale et le transfert de bénéfices. C'est un projet lancé par l'OCDE en 2013, à la demande du G20, pour lutter contre les stratégies d'optimisation fiscale utilisées par les multinationales pour réduire leur charge d'impôt :

  • Le problème : des entreprises comme Apple, Google, Amazon, et Starbucks utilisaient des structures complexes (Double Irish, Dutch Sandwich, Luxembourg patent box) pour transférer leurs bénéfices vers des juridictions à faible fiscalité — réduisant leur taux d'imposition effectif à 2-5 % alors que le taux nominal dans les pays où elles opéraient était de 25-35 %.
  • L'ampleur : l'OCDE estimait que l'érosion fiscale liée au BEPS représentait 100-240 milliards USD/an de recettes fiscales perdues pour les États — soit 4-10 % des recettes globales de l'impôt sur les sociétés.
  • La réponse : le projet BEPS initial (2013-2015) a produit 15 "Actions" (recommandations) pour colmater les brèches. Puis est venu BEPS 2.0 — la phase deux, plus ambitieuse, avec le fameux impôt minimum mondial.

BEPS 1.0 vs BEPS 2.0

Aspect BEPS 1.0 (2013-2015) BEPS 2.0 (2021-2026+)
Focus Colmater les failles existantes (prix de transfert, abus de conventions, structures hybrides) Réformer le système fiscal international en profondeur
Mécanisme 15 Actions (recommandations, soft law) 2 Piliers contraignants (traité multilatéral)
Cible Toutes les multinationales Pilier 1 : les plus grandes (CA > 20 Mds €). Pilier 2 : les grandes (CA > 750 M €).
Impact sur les personnes physiques Indirect (transparence, échange d'informations) Aucun impact direct en 2026 — mais potentiel futur

Les deux piliers de BEPS 2.0

Pilier 1 : Réallocation des droits d'imposition

Le Pilier 1 vise à redistribuer une partie des bénéfices des très grandes multinationales (chiffre d'affaires > 20 milliards € et marge bénéficiaire > 10 %) vers les pays où elles réalisent leurs ventes (les "pays de marché"), même si elles n'y ont pas de présence physique :

  • Principe : 25 % du bénéfice résiduel (au-delà de 10 % de marge) est réalloué aux pays de marché proportionnellement au chiffre d'affaires réalisé dans chaque pays.
  • Cible : environ 100 multinationales dans le monde (les plus grandes : Apple, Microsoft, Google, Amazon, LVMH, Nestlé, etc.).
  • Statut en 2026 : le Pilier 1 est toujours en négociation. La convention multilatérale (MLC) n'est pas encore signée par tous les pays. Les USA bloquent sur plusieurs points. L'entrée en vigueur est repoussée à 2027 au plus tôt — et certains experts doutent qu'il entre jamais en vigueur sous sa forme actuelle.
  • Impact pour les expatriés au Paraguay : aucun. Le Pilier 1 ne concerne que les multinationales à 20+ milliards de CA. Aucun freelance, entrepreneur, ou investisseur individuel n'est concerné. Même les PME les plus prospères sont loin du seuil.

Pilier 2 : L'impôt minimum mondial à 15 % (GloBE)

C'est le pilier qui fait parler. Le Pilier 2 — aussi appelé GloBE (Global Anti-Base Erosion) — instaure un taux d'imposition minimum effectif de 15 % pour les grandes multinationales :

  • Seuil : les groupes multinationaux avec un chiffre d'affaires consolidé supérieur à 750 millions €.
  • Mécanisme : si une filiale du groupe est imposée à un taux effectif inférieur à 15 % dans un pays, le pays de la maison mère peut prélever un "complément d'impôt" (top-up tax) pour porter le taux effectif à 15 %. Si le pays de la maison mère ne le fait pas, un autre pays du groupe peut le faire (mécanisme "UTPR" — Undertaxed Payment Rule).
  • Statut en 2026 : le Pilier 2 est plus avancé que le Pilier 1. L'UE a adopté une directive de transposition (décembre 2022). Le Royaume-Uni, le Japon, la Corée, le Canada, et l'Australie ont également légiféré. La plupart des grandes juridictions appliquent ou appliqueront le Pilier 2 d'ici 2026-2027. Les USA n'ont PAS adopté le Pilier 2 (le Congrès bloque) mais ont un mécanisme similaire (GILTI — Global Intangible Low-Taxed Income, à un taux de 10,5-13,125 %).

Comment le Pilier 2 fonctionne en pratique

Prenons un exemple simplifié :

Entité Pays Bénéfice Impôt payé localement Taux effectif Complément Pilier 2
Maison mère France 500 M € 125 M € (IS 25 %) 25 % 0 € (taux > 15 %)
Filiale production Allemagne 200 M € 60 M € (IS ~30 %) 30 % 0 € (taux > 15 %)
Filiale IP (propriété intellectuelle) Irlande 300 M € 37,5 M € (IS 12,5 %) 12,5 % 7,5 M € (complément pour atteindre 15 % = 2,5 % × 300 M €)
Filiale holding Luxembourg 100 M € 5 M € (taux effectif 5 % via régimes spéciaux) 5 % 10 M € (complément pour atteindre 15 % = 10 % × 100 M €)

Le complément d'impôt total est de 17,5 M € — prélevé par la France (pays de la maison mère) sur les bénéfices sous-imposés des filiales irlandaise et luxembourgeoise. Le taux effectif global du groupe passe de ~20,7 % à ~22,3 %.

Le point essentiel : ce mécanisme s'applique uniquement aux groupes multinationaux de 750+ M € de CA. Pas aux individus. Pas aux freelances. Pas aux PME. Pas aux LLC US de 200 000 €/an de CA.

Ce que BEPS 2.0 change pour les expatriés au Paraguay : rien (en 2026)

Pourquoi vous n'êtes PAS concerné

Le Pilier 2 (impôt minimum mondial à 15 %) ne concerne que les groupes multinationaux avec un chiffre d'affaires consolidé supérieur à 750 millions €. Pour être clair :

  • Votre LLC US qui facture 200 000 €/an : pas concernée. Le seuil est 750 MILLIONS, pas 750 000.
  • Votre SRL paraguayenne qui gère 3 appartements : pas concernée.
  • Votre portefeuille Interactive Brokers de 500 000 € : pas concerné (c'est un investissement personnel, pas une multinationale).
  • Votre activité de consulting/freelance à 500 000 €/an : pas concernée. Même pas proche du seuil.
  • Même une PME paraguayenne avec 10 millions € de CA : pas concernée.

Le Pilier 2 vise les Google, Amazon, et LVMH de ce monde — pas les freelances, les investisseurs, ou les PME. C'est un outil conçu pour les très grandes multinationales qui déplacent des milliards de profits entre juridictions. Votre structure LLC US + Mercury Bank + résidence Paraguay n'est pas dans le radar de BEPS 2.0.

La territorialité paraguayenne n'est PAS menacée par BEPS 2.0

Autre malentendu fréquent : BEPS 2.0 va "obliger le Paraguay à taxer les revenus étrangers". C'est faux :

  • Le Pilier 2 ne demande PAS aux pays d'adopter l'imposition mondiale. Il demande aux pays de la maison mère d'une multinationale d'appliquer un complément d'impôt si une filiale est taxée à moins de 15 % ailleurs. C'est un mécanisme entre pays, appliqué aux multinationales — pas une obligation pour le Paraguay de modifier sa loi fiscale interne.
  • Le Paraguay pourrait décider d'adopter un "Qualified Domestic Minimum Top-Up Tax" (QDMTT) — un impôt minimum local de 15 % — pour capter le complément d'impôt avant que le pays de la maison mère ne le fasse. Mais même dans ce cas, ce QDMTT ne s'appliquerait qu'aux filiales paraguayennes de groupes multinationaux de 750+ M € de CA. Pas aux LLC US personnelles ou aux SRL paraguayennes d'expatriés.
  • La territorialité paraguayenne (0 % sur les revenus étrangers des personnes physiques) n'est PAS un sujet de BEPS 2.0. BEPS 2.0 traite de l'impôt sur les sociétés des multinationales, pas de l'impôt sur le revenu des personnes physiques.

Les vrais impacts de BEPS 2.0 sur l'écosystème fiscal mondial

Impact 1 : La fin des régimes fiscaux ultra-avantageux pour les multinationales

Les pays qui attiraient les multinationales avec des taux d'IS inférieurs à 15 % doivent s'adapter :

  • Irlande : le taux d'IS était de 12,5 %. L'Irlande a augmenté son taux à 15 % pour les grandes entreprises couvertes par le Pilier 2 (tout en maintenant 12,5 % pour les PME non couvertes). L'Irlande reste attractive mais le différentiel avec les autres pays s'est réduit.
  • Luxembourg : les régimes de patent box et de holding ultra-favorables sont ajustés pour atteindre un taux effectif de 15 % minimum pour les groupes couverts.
  • Singapour, Hong Kong, Suisse : ces juridictions adaptent leurs régimes spéciaux (IP box, headquarters incentives) pour respecter le plancher de 15 %.
  • Émirats Arabes Unis : les EAU ont introduit un impôt sur les sociétés de 9 % en 2023 (auparavant 0 %) — en partie sous pression BEPS, même si le taux est en dessous du seuil de 15 % du Pilier 2 (les EAU envisagent un QDMTT à 15 % pour les groupes couverts).

Ces changements concernent les grandes entreprises multinationales, pas les individus. Mais ils modifient le paysage de la concurrence fiscale internationale — et certains pays pourraient profiter de l'occasion pour élargir leurs réformes au-delà du Pilier 2.

Impact 2 : L'effet de contagion potentiel

Le risque à long terme pour les expatriés n'est pas BEPS 2.0 lui-même — c'est l'effet de contagion. L'impôt minimum mondial à 15 % pour les multinationales crée un précédent politique et un narratif :

  • « Si les multinationales doivent payer au moins 15 %, pourquoi pas les riches particuliers ? »
  • « L'impôt minimum mondial fonctionne pour les entreprises — étendons-le aux personnes physiques. »
  • L'OCDE, l'UE, et certains gouvernements (notamment la France) poussent déjà l'idée d'un impôt minimum mondial sur les personnes physiques fortunées.

Ce n'est pas encore un projet concret — mais c'est une direction politique. Voici les initiatives à surveiller :

  • La proposition brésilienne au G20 (2024) : le Brésil (présidence du G20 en 2024) a proposé un impôt minimum mondial de 2 % sur la fortune nette des milliardaires. La proposition a été discutée mais pas adoptée — elle reste sur la table.
  • La proposition EU "Taxing the Ultra-Rich" : des discussions au Parlement européen sur un impôt minimum sur les très hauts patrimoines. Stade embryonnaire.
  • L'extension du Pilier 2 aux PME : le seuil de 750 M € pourrait être abaissé dans les années à venir (à 250 M €, puis 50 M €, etc.). C'est un scénario plausible à horizon 5-10 ans — mais qui ne concernerait toujours que les entreprises, pas les individus.

Impact 3 : La pression sur les petits pays territoriaux

BEPS 2.0 crée une pression indirecte sur les pays à fiscalité territoriale :

  • Liste noire UE : l'UE utilise sa liste de "juridictions non coopératives" (liste noire) comme outil de pression. Un pays qui ne coopère pas avec les standards BEPS risque de se retrouver sur cette liste = sanctions économiques (restrictions sur les flux financiers, surcoûts pour les entreprises qui transigent avec ce pays).
  • Le Paraguay et la liste noire : le Paraguay n'est PAS sur la liste noire de l'UE en 2026. Il coopère avec le CRS, il a adhéré à la Convention multilatérale d'assistance administrative, et il n'est pas considéré comme un paradis fiscal. La territorialité en soi n'est pas un critère de mise en liste noire — ce qui compte est la coopération en matière d'échange d'informations et de transparence. Le Paraguay remplit ces critères.
  • Le risque futur : si l'OCDE ou l'UE décidait un jour que la territorialité est "harmful tax practice" (pratique fiscale dommageable), le Paraguay pourrait subir des pressions pour modifier son régime. Ce scénario est peu probable à moyen terme (la territorialité est un système fiscal légitime reconnu par l'OCDE — Hong Kong, Singapour, et Panama l'appliquent sans être sur la liste noire) mais pas impossible à très long terme (> 10 ans).

Le scénario futur : un impôt minimum mondial sur les personnes physiques ?

L'état de la discussion en 2026

L'idée d'un impôt minimum mondial sur les personnes physiques (pas seulement les multinationales) est dans le débat politique international mais n'est pas un projet concret :

  • La proposition Gabriel Zucman : l'économiste français Gabriel Zucman (directeur de l'EU Tax Observatory) a proposé un impôt minimum mondial de 2 % sur le patrimoine net des milliardaires. Le rapport commandé par le G20 brésilien (2024) estime que cet impôt pourrait générer 200-250 milliards USD/an de recettes mondiales.
  • Le soutien politique : la France, le Brésil, l'Espagne, et l'Afrique du Sud soutiennent l'idée. Les USA, le Royaume-Uni, et l'Allemagne sont plus réservés. Les paradis fiscaux et les pays à fiscalité territoriale sont opposés.
  • Les obstacles : un impôt mondial sur les personnes physiques est infiniment plus complexe que le Pilier 2 sur les entreprises. Les entreprises ont des bilans comptables audités, des structures légales identifiables, et des obligations de reporting standardisées. Les particuliers ont des patrimoines diversifiés (immobilier, art, trusts, cash, crypto) difficiles à évaluer, des structures moins transparentes, et des droits constitutionnels (droit de propriété, souveraineté nationale) qui limitent la portée d'un impôt mondial.
  • Le calendrier réaliste : même dans le scénario le plus optimiste (pour ses partisans), un impôt minimum mondial sur les personnes physiques ne serait pas opérationnel avant 2030-2035 — et probablement jamais sous la forme d'un taux uniforme applicable à tous les résidents de tous les pays.

Les formes possibles d'un impôt minimum sur les particuliers

Si un tel impôt voyait le jour, il pourrait prendre plusieurs formes :

Modèle Mécanisme Qui serait concerné Impact sur un expatrié au PY
Impôt sur la fortune mondiale (Zucman) 2 % par an sur le patrimoine net > 100 M USD ~3 000 milliardaires dans le monde Aucun (sauf si votre patrimoine dépasse 100 M USD)
Impôt minimum sur le revenu des ultra-riches Taux minimum de 15-20 % sur les revenus > 1-5 M €/an Les très hauts revenus (top 0,01 %) Aucun pour 99,99 % des expatriés au Paraguay
Extension du Pilier 2 aux personnes physiques Le pays de citoyenneté applique un complément d'impôt si le pays de résidence taxe à moins de 15 % Tous les expatriés vivant dans des pays à faible fiscalité Potentiellement impactant — mais le plus improbable des scénarios (implication : taxation sur la citoyenneté, comme les USA)
Impôt minimum européen sur les expatriés intra-UE Un résident de l'UE qui s'expatrie vers un pays hors UE à faible fiscalité est taxé à un minimum par son pays d'origine pendant X années Les expatriés de l'UE Potentiellement impactant mais limité dans le temps et probablement plafonné

Dans la plupart des scénarios, un impôt minimum mondial sur les particuliers ne concernerait que les ultra-riches (patrimoine > 100 M € ou revenus > 1-5 M €/an). Pour un expatrié au Paraguay avec des revenus de 100 000-500 000 €/an, aucun de ces scénarios ne s'appliquerait — même dans les formes les plus ambitieuses du projet.

Le scénario le plus réaliste (et pourquoi il ne vous concerne pas)

Le scénario le plus probable à horizon 2030-2035 est une combinaison de mesures ciblées sur les ultra-riches, pas une réforme universelle :

  • Un impôt minimum sur les milliardaires (patrimoine > 100 M €) à un taux de 1-2 % — appliqué de manière coordonnée par les pays du G20.
  • Un renforcement des exit taxes nationales (la France durcit déjà la sienne) pour capter les plus-values latentes au moment du départ.
  • Un renforcement de l'échange d'informations (CRS élargi, CARF pour les crypto) pour améliorer la transparence — pas pour créer un nouvel impôt.
  • Aucune obligation pour les pays territoriaux de modifier leur régime fiscal domestique.

En résumé : BEPS 2.0 et ses évolutions ne menacent pas la territorialité paraguayenne ni la situation fiscale d'un expatrié francophone "normal" (revenus < 5 M €/an, patrimoine < 50 M €). Le narratif médiatique sur "la fin des paradis fiscaux" est largement exagéré pour les particuliers.

Ce que les expatriés au Paraguay doivent surveiller

Les indicateurs d'alerte

Même si BEPS 2.0 ne vous concerne pas en 2026, voici les signaux à surveiller pour les années à venir :

  • Abaissement du seuil du Pilier 2 : si le seuil de 750 M € est abaissé à 250 M €, puis 50 M €, puis 10 M € — la tendance indique une volonté de couvrir de plus en plus d'entreprises. À terme, le seuil pourrait descendre assez bas pour couvrir des PME significatives. Mais descendre en dessous de 10 M € est politiquement improbable (trop de PME concernées dans les pays développés = opposition politique massive).
  • Discussion au G20/OCDE sur un impôt minimum pour les particuliers : si le sujet passe du stade "discussion académique" au stade "groupe de travail OCDE avec mandat", c'est un signal sérieux. En 2026, on en est encore au stade académique.
  • Pression sur le Paraguay via la liste noire UE : si le Paraguay apparaît sur la liste de suivi (grise) ou la liste noire de l'UE, c'est un signal que les pressions internationales sur la territorialité s'intensifient. En 2026, le Paraguay est en conformité.
  • Changement législatif au Paraguay : tout projet de loi paraguayen visant à modifier la territorialité (taxer les revenus étrangers, même partiellement) est un signal d'alerte immédiat. Suivez l'actualité via votre comptable paraguayen et les médias locaux (ABC Color, La Nación).
  • Taxation sur la citoyenneté en Europe : si un pays européen (France par exemple) adopte un mécanisme de taxation basé sur la citoyenneté (comme les USA), les expatriés français seraient taxés même s'ils vivent au Paraguay. C'est un scénario extrême et politiquement difficile (atteinte à la libre circulation pour les citoyens UE) mais pas impossible.

La stratégie de protection à long terme

Même si les risques sont faibles à moyen terme, une stratégie de protection patrimoniale prudente s'impose :

  • Obtenez la nationalité paraguayenne : après 3 ans de résidence, vous pouvez obtenir la nationalité paraguayenne (double nationalité conservée). Si un jour la France taxe sur la citoyenneté, renoncer à la nationalité française deviendrait une option (extrême, mais disponible si nécessaire). La nationalité paraguayenne vous donne une flexibilité maximale.
  • Diversifiez géographiquement vos actifs : ne mettez pas tout au Paraguay. Répartissez entre USA (Mercury, Interactive Brokers), Luxembourg (assurance-vie), Paraguay (immobilier, SRL), et éventuellement Singapour ou Hong Kong (comptes d'investissement). La diversification géographique protège contre le risque de changement législatif dans un pays donné.
  • Construisez votre patrimoine rapidement : la fenêtre de territorialité à 0 % est ouverte aujourd'hui. Chaque année à 0 % est une année de capitalisation maximale. Même si la territorialité devait changer dans 10 ans, les 10 années d'épargne à 0 % sont acquises et définitives. Personne ne peut taxer rétroactivement vos économies passées.
  • Restez informé : suivez les développements OCDE/G20 sur la fiscalité internationale. Les annonces sont publiques (site OCDE, rapports du Cadre Inclusif). Votre comptable et votre avocat fiscaliste devraient vous alerter en cas de changement significatif.

Les mythes à déconstruire

Mythe 1 : « L'impôt minimum mondial de 15 % s'applique à tout le monde »

Faux. Il s'applique uniquement aux groupes multinationaux avec un CA consolidé > 750 M €. Pas aux personnes physiques, pas aux PME, pas aux LLC US personnelles, pas aux SRL paraguayennes.

Mythe 2 : « Le Paraguay va devoir taxer les revenus étrangers à cause de BEPS »

Faux. BEPS 2.0 ne demande pas aux pays de modifier leur régime fiscal interne pour les personnes physiques. Le Paraguay peut maintenir sa territorialité tout en étant conforme aux standards BEPS — ce qu'il fait (CRS, assistance administrative, transparence).

Mythe 3 : « Les paradis fiscaux sont morts grâce à BEPS 2.0 »

Partiellement vrai pour les multinationales, faux pour les particuliers. Les régimes à 0-5 % d'IS pour les filiales de multinationales sont effectivement en voie de disparition (plancher à 15 %). Mais les régimes à 0 % pour les personnes physiques (territorialité, pays sans impôt sur le revenu) ne sont pas concernés par BEPS 2.0.

Mythe 4 : « Il faut s'expatrier avant que l'impôt minimum mondial ne s'applique aux particuliers »

Prématuré. Il n'y a pas de projet concret d'impôt minimum mondial sur les particuliers en 2026. Les discussions académiques et politiques sont au stade embryonnaire. L'urgence de s'expatrier vient de la fiscalité française actuelle (45 % + PS + CEHR + réforme LMNP + exit tax durcie), pas d'un hypothétique impôt minimum mondial qui n'existe pas encore et qui ne vous concernerait probablement pas même s'il existait.

Mythe 5 : « Si je gagne moins de 750 M € mais que j'utilise une LLC US, je suis concerné par le Pilier 2 »

Faux. Le seuil est le CA consolidé du GROUPE, pas de l'entité. Votre LLC US avec 200 000 € de CA n'est pas un "groupe multinational de 750 M € de CA". Même si vous aviez 10 LLC dans 10 pays, si leur CA total est inférieur à 750 M €, vous n'êtes pas concerné.

BEPS 2.0 et le Paraguay : la position officielle

Le Paraguay dans le Cadre Inclusif OCDE

Le Paraguay est membre du Cadre Inclusif sur le BEPS (Inclusive Framework) de l'OCDE — le groupe de 140+ pays qui négocie et implémente les standards BEPS. En tant que membre :

  • Le Paraguay s'engage à respecter les standards minimums du BEPS (échange d'informations, lutte contre les abus de conventions, reporting pays par pays).
  • Le Paraguay n'est PAS obligé d'adopter le Pilier 2 (ce n'est pas un standard minimum — c'est un cadre que les pays choisissent d'implémenter ou non).
  • En 2026, le Paraguay n'a pas annoncé de plans pour implémenter le Pilier 2 ni pour modifier sa territorialité. Le pays est en conformité avec les standards existants et ne fait l'objet d'aucune pression spécifique de l'OCDE.

Pourquoi le Paraguay n'est pas sous pression

  • Pas de multinationales concernées : le Paraguay n'abrite pas de quartiers généraux de multinationales à 750+ M € de CA. Le Pilier 2 n'a pas de "cible" au Paraguay — il n'y a pas de base taxable à protéger.
  • Coopération CRS : le Paraguay échange les informations bancaires automatiquement = transparent aux yeux de l'OCDE.
  • Convention multilatérale d'assistance administrative : le Paraguay y a adhéré = coopération en matière de contrôle fiscal international.
  • Pas sur les listes noires : ni UE, ni GAFI. Le Paraguay est un pays coopératif dans les standards internationaux.

Le Paraguay fait ce que l'OCDE demande (transparence, coopération, échange d'informations) sans faire ce que l'OCDE ne demande PAS (taxer les revenus étrangers des personnes physiques). C'est la position idéale : conforme et territorial en même temps.

Conclusion

BEPS 2.0 et l'impôt minimum mondial à 15 % sont des réformes majeures de la fiscalité internationale — mais elles ne concernent PAS les expatriés au Paraguay en 2026. Le Pilier 2 s'applique aux groupes multinationaux de 750+ M € de CA, pas aux freelances, entrepreneurs, investisseurs, ou retraités. La territorialité paraguayenne n'est pas menacée par BEPS 2.0. Vos revenus étrangers restent à 0 %.

Les risques futurs (impôt minimum sur les particuliers fortunés, extension du Pilier 2, pression sur les pays territoriaux) existent mais sont à horizon 5-15 ans, concerneraient probablement uniquement les ultra-riches (patrimoine > 100 M €), et ne toucheraient pas la grande majorité des expatriés. La stratégie de protection est simple : obtenir la nationalité paraguayenne (3 ans), diversifier géographiquement ses actifs, capitaliser rapidement pendant que la fenêtre est ouverte, et rester informé.

Le narratif médiatique sur "la fin des paradis fiscaux" fait vendre des journaux mais ne correspond pas à la réalité pour les personnes physiques en 2026. Les multinationales à 750+ M € de CA sont concernées. Vous, avec votre LLC US, votre Mercury Bank, et votre appartement à Villa Morra — vous ne l'êtes pas. Le Paraguay reste en 2026 ce qu'il a toujours été : un pays à territorialité pure, conforme aux standards internationaux, et accessible pour 2 500 €.

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