Holding au Paraguay ou au Luxembourg : quelle structure choisir en 2026 ?

Holding au Paraguay ou au Luxembourg : quelle structure choisir en 2026 ?

Une société holding ne vend rien et ne produit rien. Elle détient. C'est pourtant la pièce qui structure le patrimoine de la plupart des entrepreneurs internationaux, parce qu'elle décide de trois choses à la fois : comment les dividendes remontent, ce que coûte une revente, et comment le tout se transmet.

Deux juridictions reviennent systématiquement dans les arbitrages d'un francophone installé en Amérique du Sud. Le Luxembourg, avec sa SOPARFI, véhicule de détention le plus utilisé d'Europe. Et le Paraguay, beaucoup moins connu sur ce terrain, mais dont la territorialité fiscale produit sur les revenus étrangers un résultat que le Luxembourg n'obtient qu'au prix d'un régime conditionnel et d'une structure coûteuse. Ce comparatif tranche, critère par critère, chiffres à l'appui.

Ce que fait une holding, et pourquoi la question de la juridiction compte

Une holding détient les parts de vos sociétés opérationnelles. Vous ne possédez plus les filiales directement : vous possédez la holding, qui les possède. Cette couche intermédiaire remplit quatre fonctions.

Elle centralise les flux : les dividendes, intérêts et redevances des filiales remontent en un point unique, d'où ils sont redistribués, réinvestis ou mis en réserve. Elle isole les risques : la défaillance d'une filiale n'atteint ni les autres ni votre patrimoine personnel. Elle simplifie la transmission : transmettre les parts d'une holding qui détient cinq sociétés est une opération unique, là où transmettre cinq participations en exige cinq. Et elle permet le réinvestissement avant impôt personnel : tant que le cash reste dans la holding, il n'y a pas de distribution, donc pas d'imposition au niveau de l'actionnaire.

C'est sur ce quatrième point que la juridiction change tout. Deux holdings identiques dans leur fonctionnement peuvent afficher un écart de plusieurs dizaines de milliers d'euros par an, selon ce que leur pays fait des dividendes entrants, des plus-values de cession, et des distributions sortantes.

La SOPARFI luxembourgeoise

Le Grand-Duché est la place de référence européenne pour les holdings. Des dizaines de milliers de sociétés de participations financières y sont domiciliées, dans un écosystème dense de banques, cabinets d'avocats, fiduciaires et auditeurs, adossé à l'une des industries de fonds les plus importantes au monde. La sécurité juridique y est réelle, et la doctrine administrative abondante.

Le régime fiscal

Le taux nominal combiné à Luxembourg-Ville s'établit à 23,87 % depuis l'abaissement de l'impôt sur le revenu des collectivités à 16 %, majoré de la contribution au fonds pour l'emploi et de l'impôt commercial communal. Ce taux est largement théorique pour une holding pure, grâce au régime dit d'exonération des participations.

Élément Traitement
Dividendes reçus des filiales Exonérés à 100 %, à trois conditions cumulatives : détenir au moins 10 % du capital ou une participation d'un prix d'acquisition d'au moins 1,2 million d'euros, la conserver douze mois, et que la filiale soit soumise à un impôt comparable, apprécié autour de 8 % sur une base similaire.
Plus-values de cession Exonérées à 100 %, aux mêmes conditions à une exception importante : le seuil alternatif au pourcentage n'est pas de 1,2 million mais de 6 millions d'euros de prix d'acquisition. C'est une différence décisive pour les participations minoritaires.
Dividendes distribués par la SOPARFI Retenue à la source de 15 %, ramenée à 0 % vers une société mère de l'Union européenne par la directive mère-fille, ou réduite par convention. Aucune convention ne lie le Luxembourg au Paraguay : un actionnaire résident paraguayen subit donc les 15 % pleins.
Réseau conventionnel Plus de 80 conventions bilatérales, l'un des réseaux les plus denses au monde. C'est le véritable actif du Luxembourg : il permet de réduire les retenues prélevées par les pays des filiales.
Impôt sur la fortune Impôt sur la fortune nette de 0,5 %, assorti d'un minimum annuel barémisé qui atteint 4 815 euros pour les sociétés dont les actifs sont majoritairement financiers. Ce coût est dû même quand tous les revenus sont exonérés.
Substance Exigée. Depuis les travaux de l'OCDE sur l'érosion des bases et les directives européennes anti-évasion, une holding luxembourgeoise doit disposer d'un siège effectif, d'au moins un administrateur résident, d'organes qui délibèrent sur place et d'une comptabilité tenue localement. Une société boîte aux lettres se voit refuser les avantages conventionnels.

La holding paraguayenne

Le Paraguay offre deux formes utilisables : la Sociedad Anónima et la Sociedad de Responsabilidad Limitada. La première est mieux adaptée à une holding, sa gouvernance étant plus souple et la circulation des titres plus simple. Le capital est fixé librement par les statuts, sans minimum comparable aux seuils européens, et les actions sont obligatoirement nominatives depuis la réforme de 2017.

Le régime fiscal

Premier point de vocabulaire, parce qu'il est souvent mal repris : l'impôt sur les sociétés paraguayen ne s'appelle plus IRACIS. La loi 6380/2019 l'a remplacé par l'IRE, l'impôt sur le revenu des entreprises, au taux de 10 %.

Élément Traitement
Dividendes reçus de filiales étrangères 0 %. Revenus de source étrangère, hors champ de l'IRE par territorialité. Aucune condition : ni seuil de participation, ni durée de détention, ni niveau d'imposition de la filiale. C'est la différence de nature avec le régime luxembourgeois, qui est conditionnel.
Plus-values sur cession de participations étrangères 0 %, pour la même raison et sans condition. La sortie est donc neutre, y compris sur une participation minoritaire, là où le Luxembourg exigerait 10 % ou six millions d'euros de prix d'acquisition.
Revenus et plus-values de source paraguayenne 10 % d'IRE. C'est le seul cas d'imposition de la holding.
Dividendes distribués par la holding Impôt sur les dividendes et les bénéfices, retenu à la source : 8 % si le bénéficiaire réside au Paraguay, 15 % s'il n'y réside pas. Le taux dépend donc de votre propre résidence, ce qui rend la résidence fiscale paraguayenne indissociable du montage.
Bénéfices non distribués Les bénéfices affectés à la capitalisation ou à la réserve légale échappent à cet impôt. Tant que vous réinvestissez, la charge est nulle à tous les étages.
Réseau conventionnel Six conventions en vigueur : Chili, Uruguay, Taïwan, Qatar, Émirats arabes unis et Espagne, cette dernière entrée en application fin 2024. Réseau modeste, mais plus l'ensemble vide que décrivaient les guides d'il y a cinq ans.
Impôt sur la fortune Inexistant. Aucun équivalent de l'impôt luxembourgeois sur la fortune nette.
Substance Pas d'exigence formelle de type européen. Elle reste néanmoins nécessaire en pratique, non pas pour le Paraguay, mais pour résister à la contestation d'une administration étrangère.

Le comparatif

Critère Holding paraguayenne SOPARFI luxembourgeoise
Dividendes reçus 0 %, sans condition 0 %, sous conditions de seuil, de durée et d'imposition de la filiale
Plus-values de cession 0 % sur les participations étrangères, sans condition 0 %, avec un seuil alternatif porté à 6 millions d'euros
Retenue sur les distributions à l'actionnaire 8 % si vous résidez au Paraguay, 15 % sinon 15 % vers un actionnaire paraguayen, faute de convention
Retenue subie sur les dividendes entrants Taux de droit interne du pays de la filiale, souvent 15 à 30 % Taux conventionnel, généralement 0 à 10 %
Impôt sur la fortune Aucun Jusqu'à 4 815 euros par an au titre du minimum
Création Quelques milliers de dollars De 5 000 à 15 000 euros, capital de 30 000 euros pour une SA, 12 000 pour une SARL
Maintenance annuelle Environ 3 000 à 8 000 dollars Environ 15 000 à 50 000 euros, la substance étant le premier poste
Accès au marché unique Non. Entité de pays tiers Oui. Directive mère-fille, directive fusion, libre circulation des capitaux
Perception par les tiers Neutre. Le Paraguay n'est sur aucune liste noire, mais reste méconnu, ce qui allonge les procédures d'entrée en relation bancaire Excellente. Véhicule standard, immédiatement reconnu par les banques et les investisseurs institutionnels
Confidentialité Faible. Registre public des associés et déclaration des bénéficiaires effectifs Faible également. Registre de commerce et registre des bénéficiaires effectifs

Le chiffrage

Prenons 500 000 euros de dividendes remontant chaque année à la holding, intégralement distribués à un actionnaire résident au Paraguay.

Avec une holding paraguayenne détenant des filiales hors Union européenne dans des pays sans retenue à la source, rien n'est prélevé à l'entrée, rien au niveau de la holding, et 8 % sur la distribution finale, soit 40 000 euros. En ajoutant environ 5 500 euros de fonctionnement, il reste près de 454 000 euros.

Avec une SOPARFI détenant des filiales européennes, la directive mère-fille annule la retenue à l'entrée et l'exonération des participations neutralise l'impôt luxembourgeois, mais la distribution vers le Paraguay subit 15 %, soit 75 000 euros, auxquels s'ajoutent l'impôt sur la fortune et environ 30 000 euros de fonctionnement. Il reste de l'ordre de 390 000 euros.

Avec une structure combinée, holding paraguayenne de tête et SOPARFI intermédiaire pour le seul périmètre européen, le résultat se situe autour de 400 000 euros, l'économie de retenue à l'entrée sur les filiales européennes étant en partie absorbée par le coût de la couche supplémentaire.

La lecture est simple. La holding paraguayenne seule domine tant que les filiales sont hors Union européenne. La couche luxembourgeoise ne devient rentable que lorsque le flux de dividendes européens est suffisant pour que l'économie de retenue à la source dépasse les trente mille euros annuels qu'elle coûte, ce qui suppose un volume européen d'au moins deux cent mille euros par an.

Choisir

La holding paraguayenne s'impose si

Vos filiales sont hors Union européenne, notamment nord-américaines ou latino-américaines, et situées dans des pays à faible retenue à la source. Une LLC américaine détenue par un associé unique et sans revenus de source américaine ne génère aucune retenue à la sortie : l'absence de convention entre le Paraguay et les États-Unis ne vous coûte alors rien.

Vous êtes résident fiscal paraguayen, ce qui ramène l'impôt sur vos distributions à 8 % au lieu de 15 %. Vos participations valent moins de cinq millions d'euros, seuil en deçà duquel le coût luxembourgeois devient disproportionné. Et vous n'avez pas besoin du signal de crédibilité qu'envoie une adresse luxembourgeoise à des investisseurs européens.

La SOPARFI s'impose si

Vos filiales sont dans l'Union européenne. C'est l'argument décisif : une filiale française distribuant à une société non résidente subit une retenue de 25 %, alignée sur le taux de l'impôt sur les sociétés. Vers une SOPARFI, la directive mère-fille ramène cette retenue à zéro. L'écart est trop important pour être ignoré dès que le flux européen est significatif.

Vos filiales sont dans des pays à retenue interne élevée avec lesquels le Luxembourg a une convention. Vous visez une levée de fonds institutionnelle ou une cotation, contextes où la structure luxembourgeoise est l'attendu du marché. Ou vous avez besoin d'instruments financiers sophistiqués, obligations convertibles, actions de préférence, prêts participatifs intra-groupe, domaine où le droit luxembourgeois est incomparablement plus outillé que le droit paraguayen.

La structure combinée

Si votre groupe est réparti des deux côtés, l'architecture logique place la holding paraguayenne en tête, détenue par vous. Elle porte directement les participations hors Union européenne et sert de coffre patrimonial, à coût réduit et sans impôt sur la fortune. Une SOPARFI intermédiaire, détenue par elle, ne porte que les filiales européennes, pour capter la directive mère-fille. Le prix de cette couche est la retenue de 15 % sur ce qu'elle fait remonter au Paraguay. Elle ne se justifie que par le volume.

Cinq erreurs qui coûtent cher

  • Créer une SOPARFI par réflexe. C'est le véhicule que les cabinets européens recommandent parce que c'est celui qu'ils maîtrisent. Pour un résident paraguayen dont les filiales sont américaines ou panaméennes, c'est un surcoût sans contrepartie.
  • Ne comparer que les taux d'impôt sur les sociétés. Le coût réel d'une holding est la somme des retenues subies à l'entrée, de l'impôt de la holding, de la retenue sur les distributions, de l'impôt sur la fortune et du fonctionnement. Deux structures affichant 0 % d'impôt sur les sociétés peuvent différer de 60 000 euros par an.
  • Mal évaluer le risque français. Contrairement à ce qu'on lit souvent, il n'existe pas de délai de cinq ans après le départ pendant lequel les règles françaises sur les sociétés étrangères contrôlées continueraient de s'appliquer. L'article 123 bis du Code général des impôts ne vise que les résidents fiscaux français. Le vrai risque est ailleurs, dans la contestation de la réalité de votre expatriation, et dans le sursis d'imposition de l'exit tax, dont la durée de conservation conditionne le dégrèvement. Le point de vigilance n'est donc pas le calendrier, c'est la solidité de votre installation effective au Paraguay.
  • Laisser la holding paraguayenne vide. Le Paraguay n'exige pas de substance, mais une administration étrangère peut requalifier une coquille sans comptabilité, sans compte bancaire actif et sans organes qui délibèrent. Tenez les livres, déposez les déclarations, documentez les assemblées, et faites gérer tout cela par un service comptable local.
  • Sous-estimer le coût récurrent luxembourgeois. Les frais de constitution sont la partie visible. Domiciliation, comptabilité, administrateur résident, audit le cas échéant, impôt sur la fortune et conformité représentent chaque année de quinze à cinquante mille euros. Sur dix ans, l'écart cumulé avec une structure paraguayenne dépasse fréquemment cent cinquante mille euros.

Conclusion

Les deux juridictions arrivent au même point sur les dividendes et les plus-values, mais par des chemins opposés. Le Luxembourg y parvient par un régime d'exonération conditionnel, adossé à un réseau conventionnel dense et à une réputation qui ouvre des portes, le tout financé par une structure de substance qui coûte cher. Le Paraguay y parvient par la territorialité, sans condition d'aucune sorte, pour une fraction du prix, mais sans conventions et sans accès au marché unique.

Le partage est donc net. Filiales hors Union européenne : la holding paraguayenne gagne, et largement. Filiales européennes avec un volume de dividendes conséquent : la SOPARFI se paie d'elle-même par l'économie de retenue à la source. Les deux à la fois : une holding paraguayenne de tête et une sous-holding luxembourgeoise cantonnée au périmètre européen. Dans tous les cas, le calcul se fait sur le coût total, pas sur le taux nominal, et la réponse dépend d'abord de la carte de vos filiales. Une holding constituée au Paraguay et une société opérationnelle locale répondent d'ailleurs à des besoins différents, qu'il vaut mieux ne pas confondre.

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