Terres rares et matières premières : investir depuis le Paraguay en 2026

Terres rares et matières premières : investir depuis le Paraguay en 2026

Les terres rares et les matières premières stratégiques sont passées en trois ans du statut de curiosité d'investisseur à celui de sujet de politique étrangère. Ces dix-sept éléments aux noms peu familiers, néodyme, dysprosium, terbium, yttrium, conditionnent la fabrication des aimants permanents qui équipent les moteurs électriques, les générateurs d'éoliennes, les disques durs et les systèmes de défense. Sans eux, aucune transition énergétique.

Pour un résident fiscal paraguayen, ces actifs présentent un double intérêt : ils diversifient un patrimoine autrement concentré sur les actions et les obligations, et les plus-values de source étrangère ne sont pas imposées localement. Encore faut-il comprendre à quoi l'on s'expose, car ce sont aussi des marchés étroits, volatils et politiquement exposés.

Ce guide décrit le paysage, les voies d'accès depuis le Paraguay et le traitement fiscal. Il ne recommande aucun produit et ne constitue pas un conseil en investissement.

Ce que sont les terres rares, et pourquoi elles comptent

Le groupe compte dix-sept éléments : les quinze lanthanides, plus le scandium et l'yttrium. Contrairement à ce que le nom suggère, ils ne sont pas rares dans la croûte terrestre, le cérium y étant à peu près aussi abondant que le cuivre. Ce qui est rare, c'est de les trouver concentrés, et surtout de savoir les séparer : la chimie de séparation est complexe, coûteuse et polluante. C'est là que se joue la véritable dépendance.

Élément Usage déterminant Perspective de demande
Néodyme et praséodyme Aimants permanents néodyme-fer-bore, les plus puissants produits industriellement. On en trouve dans chaque moteur de véhicule électrique et, en quantités bien plus importantes, dans les générateurs d'éoliennes. Forte croissance, tirée par l'électrification du transport et l'éolien. Ce sont des terres rares dites légères, moins contraintes que les lourdes.
Dysprosium et terbium Additifs qui permettent aux aimants de conserver leur magnétisme à haute température, condition indispensable dans un moteur ou une turbine. Quelques pour cent en poids suffisent, mais ils sont irremplaçables. Ce sont les éléments critiques du dossier. Terres rares lourdes, offre structurellement insuffisante, et cibles principales des restrictions à l'exportation.
Cérium et lanthane Catalyse automobile et de raffinage, polissage des verres et des semi-conducteurs, verres optiques, batteries de génération ancienne. Croissance modeste. Le cérium est le plus abondant et le moins cher du groupe, et certains de ses débouchés déclinent avec l'électrification.

La géopolitique, devenue le premier facteur de prix

La Chine assure environ 60 à 70 % de l'extraction mondiale et près de 90 % de la séparation et du raffinage. Cette position résulte de trois décennies de politique industrielle, pendant lesquelles les producteurs occidentaux ont fermé faute de pouvoir s'aligner sur les coûts.

Ce qui a changé récemment, et que la plupart des articles francophones n'ont pas intégré, c'est que ce levier est désormais activement utilisé.

En avril 2025, Pékin a instauré un régime de licences à l'exportation portant sur sept terres rares moyennes et lourdes, dont le dysprosium, le terbium et l'yttrium, couvrant les minerais, les composés, les métaux et les aimants finis. Ce régime reste pleinement en vigueur. Les licences sont accordées au cas par cas et refusées aux utilisateurs liés au secteur de la défense.

Une seconde vague, annoncée en octobre 2025, étendait le dispositif à cinq éléments supplémentaires et prévoyait une portée extraterritoriale visant les produits fabriqués hors de Chine à partir d'intrants chinois, même en très faible proportion. Cette seconde vague a été suspendue pour un an, jusqu'en novembre 2026, dans le cadre d'un accord commercial. Suspendue, non annulée : l'infrastructure réglementaire demeure et l'échéance approche.

Les effets sont mesurables. Les exportations chinoises de dysprosium, de terbium et d'yttrium tournent nettement en deçà de leur niveau antérieur, et le nombre de pays destinataires s'est réduit. Le Japon, engagé dans un différend distinct avec Pékin, a connu des mois entiers sans réception de certains de ces éléments.

La réponse occidentale se met en place, avec des financements publics substantiels, des projets de raffinage aux États-Unis, en Australie et en Europe, et un engagement du G7 visant à ce qu'aucun fournisseur unique ne dépasse 60 % des importations d'un pays membre d'ici 2030. Mais les projections convergent : la production hors de Chine ne couvrira pas la demande mondiale de dysprosium et de terbium avant plusieurs années, et un déficit global significatif reste attendu à l'horizon 2030 malgré une forte hausse des capacités non chinoises.

Investir sur ce thème revient donc à parier sur la persistance d'un déséquilibre. C'est un pari documenté, mais c'en est un.

Les autres familles de matières premières

Famille Contenu Moteurs de prix
Métaux précieux Or, argent, platine, palladium Taux réels, inflation, demande de valeur refuge, et pour l'argent et le platine une composante industrielle marquée. Le sujet est traité dans notre guide de l'or physique depuis le Paraguay.
Métaux industriels Cuivre, aluminium, nickel, zinc Croissance mondiale, construction, et surtout électrification. Le cuivre est le métal dont la demande structurelle progresse le plus mécaniquement, réseaux, véhicules et centres de données confondus.
Métaux de la transition Lithium, cobalt, nickel, silicium, uranium Politiques publiques, rythme d'adoption des véhicules électriques, évolutions technologiques des batteries, relance du nucléaire.
Énergie Pétrole, gaz naturel, charbon, uranium Décisions des pays producteurs, tensions géopolitiques, cycle économique.
Agricoles Soja, maïs, blé, sucre, café, cacao Climat, démographie, politiques commerciales, coût des intrants. Le Paraguay figure parmi les tout premiers exportateurs mondiaux de soja et de viande bovine.

S'exposer depuis le Paraguay : quatre voies

Les fonds indiciels sur actions de producteurs

C'est la voie la plus praticable. Il existe des fonds cotés spécialisés par thème, terres rares et métaux stratégiques, lithium, uranium, cuivre, ou plus largement mines et métaux, regroupant de vingt à deux cents sociétés, avec des frais annuels de l'ordre de 0,4 à 0,8 %.

La nuance à comprendre : vous n'achetez pas le métal, vous achetez des entreprises qui l'extraient. S'ajoutent donc au risque de prix un risque opérationnel, un risque pays et une corrélation aux marchés actions. Une action minière peut baisser alors même que le métal monte.

Sur le thème des terres rares en particulier, les fonds disponibles comportent une part importante de sociétés chinoises, parfois proche de la moitié, ce qui est logique puisque les plus grands producteurs le sont. On se retrouve donc partiellement exposé à ce dont on cherchait à se protéger.

Les fonds adossés à la matière première

Certains produits détiennent le métal physique, l'or et l'argent principalement, avec des frais très bas et une exposition directe au prix. D'autres répliquent un prix via des contrats à terme, ce qui introduit une difficulté sérieuse développée plus bas.

Point à retenir : il n'existe pas de produit adossé à des terres rares physiques. Le marché est trop étroit et trop spécialisé. L'exposition passe nécessairement par des actions.

Les actions individuelles

Quelques producteurs occidentaux structurent le secteur hors de Chine, avec des mines en Australie et aux États-Unis et des projets de raffinage soutenus par des financements publics et des contrats de long terme avec l'industrie et la défense.

Le profil est celui d'un investissement exigeant : volatilité annuelle fréquemment supérieure à 40 %, résultats souvent négatifs pendant la phase de montée en puissance industrielle, et dépendance à des projets de raffinage dont les calendriers glissent régulièrement. Cela demande de comprendre la géologie, les coûts d'exploitation et les risques politiques. Ce n'est pas un placement que l'on achète et que l'on oublie.

Les contrats à terme, à écarter

Ils offrent l'exposition la plus directe, avec un effet de levier de sept à vingt fois selon le dépôt exigé. C'est précisément le problème. Les pertes peuvent excéder la mise, le marché fonctionne presque en continu, et un appel de marge peut se déclencher pendant votre nuit. Ce sont des instruments de trading professionnel, sans place dans une allocation patrimoniale de long terme.

Le piège du report, à connaître avant d'acheter

Un produit qui réplique le prix d'une matière première via des contrats à terme doit, à chaque échéance, vendre le contrat qui arrive à terme et acheter le suivant. Lorsque le contrat suivant cote plus cher que l'actuel, situation courante appelée report, chaque roulement se solde par une perte.

L'effet est loin d'être anecdotique : il peut amputer le rendement de deux à cinq points par an. Un produit indexé sur le pétrole ou le gaz peut ainsi perdre de la valeur alors même que le prix au comptant progresse. Les produits adossés à du métal physique n'y sont pas soumis, puisqu'il n'y a rien à faire rouler, et les fonds d'actions minières non plus.

Avant d'acheter un produit de ce type, vérifiez systématiquement s'il détient la matière ou s'il réplique un indice de contrats à terme, et selon quelle méthode de roulement.

La fiscalité pour un résident paraguayen

Support Traitement
Fonds cotés et produits indiciels achetés à l'étranger Plus-values et distributions de source étrangère : 0 % au Paraguay. Attention toutefois à la retenue prélevée en amont : un fonds domicilié aux États-Unis subit une retenue de 30 % sur ses distributions pour un non-résident, aucune convention ne liant le Paraguay aux États-Unis. Un fonds domicilié en Irlande ou au Luxembourg est généralement plus efficient. Les produits adossés à du métal physique ne distribuant rien, la question ne se pose pas pour eux.
Actions de sociétés minières Plus-values : 0 %. Dividendes : 0 % au Paraguay, mais retenue du pays de la société, qui varie fortement. Elle atteint 30 % pour les sociétés australiennes et américaines, 25 % pour les canadiennes, et se réduit à zéro pour les britanniques. Cette retenue n'est pas récupérable, faute d'impôt paraguayen sur lequel l'imputer. À montant de dividende égal, le pays de cotation change donc le rendement net.
Contrats à terme Plus-values : 0 %, sans retenue à la source.
Activité liée aux matières premières au Paraguay Source locale, donc imposable : 10 % d'impôt sur le revenu des entreprises pour une société, ou 8 % d'impôt sur le revenu personnel selon la nature des revenus. Une exploitation agricole paraguayenne reste de source paraguayenne même si sa production est exportée.

Quelle place dans un patrimoine

Les ordres de grandeur qui suivent correspondent aux usages courants en gestion, et non à une recommandation adaptée à votre situation.

Les matières premières sont un complément de diversification, entre 5 et 15 % d'un portefeuille selon la tolérance au risque, très rarement au-delà. Elles ne produisent aucun revenu par elles-mêmes, un métal ne versant ni coupon ni dividende, et leur rendement dépend entièrement de l'évolution des prix.

À l'intérieur de cette poche, la hiérarchie habituelle place les métaux précieux en socle, pour leur fonction de protection, puis une exposition thématique plus modeste aux métaux de la transition. Une allocation de quelques pour cent seulement sur un thème aussi étroit et volatil que les terres rares est déjà significative : sur dix ans, ces fonds ont sous-performé les indices actions larges, avec une volatilité très supérieure.

Le cœur d'un patrimoine reste constitué d'actifs diversifiés et liquides. Les matières premières s'ajoutent, elles ne remplacent pas.

Cinq erreurs à éviter

  • Surpondérer. Un tiers de portefeuille en matières premières, c'est importer dans l'ensemble du patrimoine une volatilité qui peut atteindre 40 à 60 % par an sur un métal donné.
  • Acheter des terres rares physiques. Des vendeurs en ligne proposent des lingots d'oxyde de néodyme ou de la poudre de dysprosium. À éviter absolument. Le stockage pose des problèmes techniques réels, certains composés s'oxydant à l'air, les acheteurs sont des industriels qui traitent par tonnes et n'achèteront jamais votre échantillon, il n'existe pas de cours public de référence, et les primes pratiquées sont considérables. La perte est mathématiquement acquise dès l'achat.
  • Recourir aux contrats à terme. L'effet de levier et le fonctionnement continu du marché en font un instrument professionnel. L'absence d'impôt paraguayen ne compense aucune perte.
  • Ignorer le report. Un produit à terme conservé plusieurs années sur une matière première en report perd du rendement chaque année, indépendamment du prix.
  • Confondre terres rares et lithium. Le lithium est un métal alcalin destiné aux batteries, les terres rares servent aux aimants du moteur. Un véhicule électrique a besoin des deux, mais les marchés, les producteurs et les cycles de prix n'ont rien de commun. Le lithium a d'ailleurs connu un cycle spectaculaire, multiplié par dix puis divisé par trois ou quatre en quelques années.

Un pays de matières premières

Il y a une cohérence à traiter ce sujet depuis Asunción. L'économie paraguayenne repose sur l'agro-industrie et sur une électricité presque intégralement hydraulique. Vivre ici, c'est déjà être exposé au cycle des matières premières : une mauvaise récolte de soja pèse sur l'économie, donc sur la monnaie, donc sur votre pouvoir d'achat local.

C'est un argument de diversification rarement formulé. Détenir des métaux industriels ou précieux, dont les cycles ne suivent pas ceux des céréales, réduit votre exposition au risque macroéconomique du pays où vous vivez.

Quant au potentiel minier paraguayen, il reste largement inexploité. Le sous-sol contient du fer, du manganèse, du calcaire, et des travaux d'exploration ont été menés sur des indices de terres rares. Le cadre légal minier prévoit des incitations à l'investissement. Mais aucune exploitation commerciale de terres rares n'existe à ce jour, et l'horizon d'un éventuel développement se compte en décennies.

Conclusion

Les terres rares sont devenues un instrument de politique étrangère. Le régime de licences chinois d'avril 2025 est toujours actif, sa suspension partielle expire en novembre 2026, et aucune analyse sérieuse ne prévoit que les capacités occidentales comblent le déficit avant plusieurs années. La tension structurelle est réelle, et elle constitue la thèse d'investissement.

Reste que le marché est étroit, volatil, et que les véhicules accessibles à un particulier exposent surtout à des actions minières, dont une part significative de sociétés chinoises sur ce thème précis. Il n'existe aucun moyen sérieux de détenir des terres rares physiques, et les propositions en ce sens relèvent au mieux de l'amateurisme. Pour un résident paraguayen, l'absence d'imposition locale sur les plus-values étrangères rend l'exercice fiscalement neutre, la seule friction venant des retenues à la source, qui dépendent du pays de domiciliation du support. Le bon réflexe est de vérifier cette domiciliation avant d'acheter, souvent plus déterminante que l'écart de frais de gestion.

Enfin, une poche de 5 à 15 % suffit à obtenir l'effet de diversification recherché. Au-delà, on ne diversifie plus, on concentre.

Vous préparez votre installation fiscale au Paraguay ? Contactez-nous : résidence fiscale paraguayenne dès 1 400 €, ou 1 800 € en formule Express qui se finalise en un seul voyage de 2 jours sur place, ouverture de compte bancaire à 250 €, création de LLC américaine et comptabilité DNIT à 30 € par mois. Écrivez-nous sur WhatsApp au +595 971 362 302 : réponse rapide, en français.

Retour au blog

Une question ? Écrivez-nous