Obligations souveraines paraguayennes : rendement, risque et fiscalité 2026
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La dette souveraine paraguayenne est probablement l'actif le plus ignoré par les expatriés francophones installés sur place. Le pays émet régulièrement, en dollars sur les marchés internationaux et en guaranis sur le marché local, avec des rendements qui n'ont pas d'équivalent dans la zone euro et un profil de crédit qui a changé de catégorie récemment.
Car c'est le fait nouveau, et il est passé largement inaperçu de ce côté-ci : le Paraguay a franchi le seuil de l'investment grade. Moody's l'y a placé en juillet 2024, Standard and Poor's l'a rejoint en décembre 2025, et Fitch maintient une perspective positive un cran en dessous. Deux notations en catégorie investissement, c'est le seuil que la plupart des grands investisseurs institutionnels exigent avant d'allouer le moindre capital à une juridiction.
Ce guide décrit ce qui existe, ce que cela rapporte, ce que cela risque et comment c'est imposé pour un résident fiscal paraguayen. Il ne constitue pas un conseil en investissement : les rendements cités bougent avec le marché, et toute allocation obligataire mérite d'être discutée avec un professionnel au regard de votre situation.
Le Paraguay comme emprunteur : les fondamentaux

| Indicateur | Situation |
|---|---|
| Notation souveraine | Moody's : Baa3, perspective stable, en catégorie investissement depuis juillet 2024 et confirmée chaque année depuis. Standard and Poor's : BBB-, perspective stable, depuis décembre 2025. Fitch : BB+, perspective positive depuis octobre 2025, soit un cran sous le seuil, avec une possible troisième notation en catégorie investissement à venir. |
| Croissance | 5,8 % en 2025, autour de 4,2 à 4,5 % attendus pour 2026. L'économie repose sur l'agro-industrie, le soja et la viande bovine en tête, sur l'hydroélectricité issue des deux grands barrages binationaux, et sur le commerce transfrontalier. |
| Inflation | Autour de 4 %, dans la bande cible de la banque centrale, qui pratique le ciblage d'inflation depuis 2011. Cette crédibilité monétaire est ce qui rend une obligation en guaranis investissable. |
| Dette publique | Environ 36 % du PIB selon les données du ministère de l'Économie et des Finances d'avril 2026, après 41 % fin 2025, la baisse du ratio s'expliquant surtout par la révision à la hausse du PIB nominal. En valeur absolue, la dette progresse d'environ 12 % par an, ce qui a conduit la Cour des comptes à alerter sur la trajectoire. Le niveau reste inférieur à la moyenne des pays de notation comparable, estimée autour de 56 %. |
| Cadre budgétaire | La loi de responsabilité fiscale de 2013 plafonne le déficit à 1,5 % du PIB. Ce plafond a été dépassé plusieurs années de suite, avec un plan de convergence en cours. C'est le principal point de vigilance signalé par les agences. |
| Réserves internationales | De l'ordre de 10 milliards de dollars, en croissance régulière, couvrant plusieurs fois la dette extérieure de court terme. |
| Faiblesses reconnues | Base de recettes fiscales étroite, part importante de dette libellée en devises, dépendance aux matières premières agricoles et donc à la pluviométrie, et institutions dont le renforcement reste un chantier. |
Le résumé honnête : un emprunteur devenu solide, avec une discipline budgétaire réelle mais imparfaite, et une économie petite et concentrée. Le passage en catégorie investissement n'efface pas les vulnérabilités, il traduit le fait que les agences considèrent désormais que la capacité de remboursement est robuste.
Ce que le Paraguay émet
Les obligations internationales en dollars
Le Trésor paraguayen émet plusieurs fois par an sur les marchés internationaux, en dollars, sous droit new-yorkais, pour des montants de l'ordre de 500 millions à un milliard par opération, avec des maturités qui vont de dix à trente ans. Ces émissions sont régulièrement sursouscrites.
Les rendements à l'achat sur le marché secondaire se situent, selon la maturité et les conditions du moment, dans une zone allant d'environ 5 % pour les échéances moyennes à 6 ou 7 % pour les plus longues. Le passage en catégorie investissement a mécaniquement resserré l'écart de rendement avec les emprunts d'État américains, ce qui est une bonne nouvelle pour l'émetteur et une moins bonne pour l'acheteur tardif : le rendement d'aujourd'hui est inférieur à celui d'il y a trois ans.
L'accès passe par n'importe quel courtier international proposant les obligations de marchés émergents. La coupure minimale est le point à vérifier avant tout : certaines lignes se traitent par tranches de 1 000 dollars, d'autres sont réservées au marché institutionnel avec un minimum de 200 000 dollars. La liquidité est correcte sans être excellente, avec un écart entre prix d'achat et prix de vente qui constitue un coût de transaction réel, souvent supérieur à la commission affichée.
Les bons du Trésor en guaranis
Le ministère de l'Économie et des Finances émet des Bonos del Tesoro en monnaie locale, cotés à la Bourse d'Asunción, avec des maturités d'un à vingt ans. Les rendements se situent dans une fourchette d'environ 8 à 12 % selon la durée.
Rapporté à une inflation autour de 4 %, cela donne un rendement réel de l'ordre de 4 à 7 %, ce qui est considérable pour une dette souveraine de cette qualité. Un emprunt d'État européen offre aujourd'hui un rendement réel proche de zéro.
L'accès se fait par une casa de bolsa, société de bourse locale agréée par la Comisión Nacional de Valores. La coupure minimale tourne autour de dix millions de guaranis, soit environ 1 300 dollars, ce qui reste accessible à un particulier.
Les titres courts de la banque centrale
La banque centrale émet des instruments de régulation monétaire à quatorze jours jusqu'à un an, en guaranis, pour piloter la liquidité bancaire. Ils rapportent de l'ordre de 6 à 9 % selon l'échéance, avec un risque de crédit quasi nul et une durée courte.
C'est l'équivalent local d'un placement de trésorerie, nettement plus rémunérateur qu'un compte d'épargne paraguayen. Ce n'est pas un placement de long terme : le rendement réel y est modeste et l'exposition entièrement concentrée sur une seule devise.
Les obligations d'entreprises locales
Des banques, des coopératives agricoles, des exportateurs et des opérateurs télécoms émettent également à la Bourse d'Asunción, avec des rendements de l'ordre de 9 à 14 % en guaranis, soit une prime de un à trois points au-dessus de la dette souveraine.
Cette prime rémunère un risque de nature différente : une entreprise peut faire défaut, un État souverain le fait rarement. Beaucoup d'émetteurs locaux ne sont pas notés par les agences internationales, ce qui impose de lire les états financiers soi-même. La liquidité est faible. Ce compartiment n'a de sens que pour un investisseur capable de conduire son propre travail d'analyse de crédit.
La fiscalité pour un résident paraguayen
Le principe directeur reste la territorialité. Ce qui détermine l'imposition, c'est la localisation du débiteur, pas celle du marché de cotation ni celle du courtier.
| Titre | Source | Traitement |
|---|---|---|
| Obligations internationales du Trésor paraguayen, en dollars | Paraguayenne. L'émetteur est l'État paraguayen, ce que ni la cotation à l'étranger ni la devise ne changent. | Intérêts imposables au titre de l'impôt sur le revenu personnel, catégorie revenus et gains de capital, au taux de 8 %. Le rendement net reste voisin de 5 à 6,5 %. |
| Bons du Trésor et titres de la banque centrale en guaranis | Paraguayenne, sans ambiguïté. | Même taux de 8 % en principe. Certaines émissions publiques prévoient toutefois un traitement de faveur dans leur documentation. C'est à vérifier émission par émission auprès de votre casa de bolsa et de votre comptable, jamais à supposer. |
| Obligations d'entreprises paraguayennes | Paraguayenne. | Intérêts à 8 %. Aucun régime de faveur. |
| Obligations émises par des États ou des entreprises étrangers | Étrangère. | 0 % au Paraguay par territorialité. Les emprunts d'État américains bénéficient en outre d'une exonération de retenue à la source américaine sur les intérêts pour les non-résidents, ce qui donne zéro des deux côtés. |
| Plus-values de cession | Suit le lieu de réalisation de l'opération. | Cession sur un marché étranger : 0 %. Cession sur le marché local : imposable. Conserver un titre local jusqu'à son échéance ne génère aucune plus-value, seulement le remboursement du nominal. |
La conséquence pratique est nette. Un portefeuille obligataire international détenu depuis le Paraguay est totalement défiscalisé, tandis que la dette paraguayenne elle-même, sous toutes ses formes, supporte 8 % sur les intérêts. Le rendement local reste supérieur malgré cet écart, mais il faut le calculer net avant de comparer.
Trois façons de construire une allocation

L'haltère
La logique consiste à se placer aux deux extrémités du spectre risque-rendement en délaissant le milieu. Une poche majoritaire, disons de la moitié aux deux tiers, en obligations internationales de haute qualité libellées en dollars, imposées à zéro et parfaitement liquides. Une poche minoritaire en dette paraguayenne locale, mieux rémunérée, imposée à 8 %, moins liquide.
Le rendement moyen ressort au-dessus de ce qu'offrirait un portefeuille cantonné aux pays développés, sans concentrer l'essentiel du capital sur un seul émetteur ni sur une seule devise.
L'échelle
On répartit le capital sur des échéances étagées, un an, trois ans, cinq ans, sept ans, dix ans. Chaque année, une ligne arrive à terme, le capital revient et se réinvestit sur l'échéance la plus longue de l'échelle.
Deux effets en découlent. Le risque de taux disparaît largement, puisqu'on achète à des moments différents et qu'on porte les titres jusqu'au bout. Et il en sort un flux de remboursement annuel prévisible, ce qui en fait l'outil naturel d'un retraité installé au Paraguay qui souhaite des revenus complémentaires en monnaie locale.
La couverture naturelle
Si vos revenus arrivent en dollars mais que vos dépenses courantes sont en guaranis, une part de votre exposition au guarani n'est pas un risque, c'est une nécessité. Plutôt que de convertir au fil de l'eau, on peut convertir douze à vingt-quatre mois de dépenses et placer l'excédent en titres locaux courts.
La dépréciation du guarani, historiquement de l'ordre de 3 à 5 % par an face au dollar, réduit alors votre rendement mesuré en dollars, mais pas votre pouvoir d'achat local, puisque cet argent sera dépensé sur place de toute façon. C'est le seul cas où l'exposition au guarani se justifie sans pari de change.
Et la diversification par fonds indiciels
Il existe des fonds cotés spécialisés dans la dette souveraine émergente, en dollars ou en devises locales, couvrant plusieurs dizaines de pays. Ils apportent une diversification que l'achat de titres en direct ne permet pas, une liquidité quotidienne, des frais de gestion de l'ordre de 0,2 à 0,5 % par an, et une fiscalité paraguayenne nulle puisque l'émetteur du fonds est étranger. En contrepartie, le Paraguay n'y pèse qu'une fraction marginale : on renonce au rendement spécifique du pays en même temps qu'à son risque spécifique.
Les risques, et ce qu'on peut en faire
| Risque | Ce qu'il produit | Comment le contenir |
|---|---|---|
| Change | Le premier risque de la dette locale. Une dépréciation du guarani de 5 % ampute d'autant un rendement de 10 % mesuré en dollars. Lors d'un choc, sécheresse sévère ou effondrement des cours agricoles, le mouvement peut être plus brutal et plus rapide. | Plafonner l'exposition en guaranis à ce que vous dépenserez réellement sur place. Ne pas reconvertir les coupons en dollars. |
| Taux | Quand les taux montent, le prix des obligations existantes baisse, d'autant plus fortement que l'échéance est lointaine. | Porter les titres jusqu'à l'échéance annule ce risque. Une échelle d'échéances le lisse. Les maturités d'un à sept ans y sont bien moins sensibles que les trente ans. |
| Crédit souverain | Faible aujourd'hui, la notation en catégorie investissement en témoigne, mais pas nul. Le Paraguay a connu par le passé des périodes de tension sévère sur ses finances publiques, avec une notation descendue très bas au tournant des années 2000. La trajectoire actuelle de la dette et les dépassements du plafond de déficit méritent d'être suivis. | Ne pas concentrer plus du tiers ou de la moitié de la poche obligataire sur un seul émetteur. Surveiller les revues annuelles des agences, qui sont publiques. |
| Liquidité locale | La Bourse d'Asunción est petite. Sortir rapidement d'une position importante se paie par un écart de prix défavorable. | Privilégier les échéances courtes que l'on porte jusqu'au bout, fractionner les achats importants, et garder la trésorerie de précaution sur des titres courts de la banque centrale. |
| Inflation | Un dérapage inflationniste au-delà du rendement nominal transformerait le rendement réel en perte. Le risque est faible tant que le ciblage tient, mais un choc d'offre alimentaire peut le réveiller. | Répartir entre guaranis et devises fortes. Suivre les rapports trimestriels de politique monétaire de la banque centrale. |
Accéder concrètement au marché
Pour la dette locale, il faut ouvrir un compte-titres auprès d'une casa de bolsa agréée. Les pièces demandées sont celles d'une entrée en relation bancaire classique : passeport, cédula, justificatif de domicile, déclaration d'origine des fonds et, le cas échéant, RUC. Comptez une à deux semaines, sans frais d'ouverture, la société se rémunérant sur les commissions. Le ticket d'entrée se situe entre dix et cinquante millions de guaranis selon l'établissement et la ligne visée. Une résidence paraguayenne et une ouverture de compte bancaire local sont les prérequis de fait de toute cette démarche.
Pour la dette internationale, un compte chez un courtier international suffit. Les obligations paraguayennes en dollars se recherchent par leur code ISIN dans l'outil de sélection obligataire du courtier, et le règlement intervient deux jours ouvrés après la transaction. Avant de passer l'ordre, vérifiez systématiquement trois choses : la coupure minimale, l'écart entre prix acheteur et prix vendeur, et le rendement à l'échéance plutôt que le seul taux de coupon affiché.
Conclusion

Le Paraguay est devenu un emprunteur de catégorie investissement, reconnu comme tel par deux agences sur trois, avec une dette publique contenue, une inflation maîtrisée et une croissance qui figure parmi les plus régulières du continent. Sa dette offre encore des rendements que l'on ne trouve plus en Europe, de l'ordre de 5 à 7 % en dollars et de 8 à 12 % en guaranis.
La fiscalité, elle, envoie un signal clair : les intérêts de la dette paraguayenne supportent 8 %, ceux de la dette étrangère détenue depuis le Paraguay ne supportent rien. Pour un résident, l'allocation la plus efficace combine donc les deux, une base internationale défiscalisée et liquide, complétée d'une poche locale calibrée sur vos besoins réels en guaranis.
Reste le principe qui vaut ici comme ailleurs : une seule signature souveraine, si bien notée soit-elle, ne fait pas un portefeuille. La dette paraguayenne est un bon actif de complément pour qui vit dans le pays, en connaît la monnaie et y dépense. Elle n'a pas vocation à porter l'ensemble d'un patrimoine.
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