IVA au Paraguay : récupérer la TVA payée et éviter les pièges pour sa SRL
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L'IVA, la taxe sur la valeur ajoutée paraguayenne, est l'impôt qui rythme le quotidien de toute société locale. Chaque facture émise la contient, chaque achat professionnel la supporte, chaque importation la déclenche au dédouanement. Elle représente une part majeure des recettes de l'État et constitue le socle du système fiscal du pays.
Pour un francophone qui dirige une société au Paraguay, la maîtriser n'est pas un raffinement comptable. La différence entre un dirigeant qui récupère méthodiquement la taxe qu'il a payée et un dirigeant qui la laisse filer se mesure chaque année en points de trésorerie.
Ce guide couvre le mécanisme, les taux, les conditions de déduction, les obligations déclaratives et les pratiques qui font gagner de l'argent. Les règles évoluent régulièrement : validez votre situation particulière avec votre comptable paraguayen.
Le mécanisme
Le fonctionnement est identique à celui de la TVA française. Vous collectez la taxe auprès de vos clients, vous déduisez celle que vous avez payée à vos fournisseurs, et vous reversez la différence à l'administration fiscale.
| Notion | Terme local | Ce que c'est |
|---|---|---|
| Taxe collectée | Débito fiscal | Ce que vous facturez à vos clients. Cet argent ne vous appartient pas : vous l'encaissez pour le compte du Trésor. |
| Taxe déductible | Crédito fiscal | Ce que vous avez payé à vos fournisseurs et que vous pouvez retrancher de ce que vous devez reverser. |
| Solde | IVA a pagar | La différence. Si elle est positive, vous la versez. Si elle est négative, elle constitue un crédit reporté sur les mois suivants. |
Les taux
| Taux | Ce qu'il couvre |
|---|---|
| 10 % | Le taux de droit commun : services professionnels, biens manufacturés, location commerciale, restauration, hôtellerie, télécommunications, transport de marchandises. Par défaut, tout y est soumis. |
| 5 % | Produits pharmaceutiques, produits du panier alimentaire de base, location de logements d'habitation, première vente d'un bien immobilier, intérêts et commissions bancaires. |
| 0 % à l'exportation | Régime fondamentalement différent d'une exonération. Vous ne facturez pas de taxe, mais vous conservez le droit de déduire celle que vous avez payée en amont. C'est ce qui rend l'exportation intéressante en trésorerie. |
| Exonéré | Livres et publications, certaines opérations bancaires, prestations de l'État. Attention : ici, pas de droit à déduction. La taxe payée en amont devient une charge définitive. L'exonération est donc moins avantageuse que le taux zéro. |
La distinction entre taux zéro et exonération est le point technique le plus rentable de tout l'article. Dans un cas vous récupérez, dans l'autre vous perdez.
Récupérer la taxe payée : les quatre conditions

La dépense doit servir l'activité. Un achat professionnel ouvre droit à déduction, un achat personnel non. Un usage mixte se déduit au prorata de la part professionnelle, qu'il faut pouvoir documenter. Faire passer ses dépenses privées dans la société n'est pas une optimisation, c'est une infraction qui se solde par un redressement.
La facture doit être conforme. C'est le point où se perd le plus d'argent. Une factura legal paraguayenne doit comporter un timbrado en cours de validité, ce numéro d'autorisation qui identifie l'émetteur, le numéro fiscal du fournisseur, le numéro fiscal de votre société, la description de la prestation et le montant de la taxe. Un ticket de caisse, même mentionnant la taxe, ne suffit pas. Une facture établie à votre nom personnel plutôt qu'à celui de la société ne vaut rien non plus.
La taxe doit apparaître séparément. Un montant global sans ventilation ne permet aucune déduction. Exigez systématiquement le détail.
La période doit correspondre. La déduction s'impute sur le mois de la facture. Accumuler six mois de justificatifs pour les traiter d'un coup expose au rejet. Transmettez vos pièces à votre comptable tous les mois, sans exception.
Quand le crédit dépasse la taxe collectée
Cela arrive naturellement en période d'investissement, ou lorsque l'essentiel de votre activité est tourné vers l'export. Le solde constitue alors un crédit en votre faveur, reportable sur les mois suivants jusqu'à épuisement. Il n'est pas remboursé en numéraire, contrairement à ce que permettent certains pays européens.
Sauf pour les exportateurs. Une société qui exporte des biens ou des services peut demander le remboursement effectif du crédit lié à cette activité. La procédure est administrative, minutieuse, et prend plusieurs mois. Elle déclenche systématiquement un contrôle préalable, ce qui suppose un dossier irréprochable. Elle vaut néanmoins l'effort : sans elle, un exportateur pur accumule un crédit qu'il ne consommera jamais.
Les opérations internationales
Exporter des services
Les services rendus à des clients situés hors du Paraguay relèvent du taux zéro. C'est la situation de la plupart des structures montées par nos clients : une société paraguayenne qui emploie l'équipe locale et facture ses prestations à une entité étrangère.
Trois critères sont examinés : le client est établi à l'étranger, le service y est effectivement utilisé, et le paiement provient de l'étranger. Le deuxième est le plus discriminant. Un architecte paraguayen qui conçoit un bâtiment situé au Paraguay pour un donneur d'ordre européen rend un service consommé localement, taxable à 10 %, même si le paiement vient de l'étranger.
Deux points pratiques. Il faut émettre une facture d'exportation, qui est un type de document distinct : établir une facture ordinaire sans taxe est une erreur qui peut vous être opposée. Et il faut constituer la preuve : contrat précisant le lieu d'exécution et d'utilisation, factures, relevés bancaires établissant l'origine des fonds. En cas de contrôle, c'est à vous de démontrer la qualification d'exportation. À défaut, l'administration requalifie et réclame 10 % rétroactivement, majorations comprises.
Importer des biens
La taxe est perçue à la douane, au taux de 10 %, sur la valeur en douane augmentée des droits. Le document de dédouanement tient lieu de justificatif et ouvre droit à déduction comme une facture ordinaire.
Acheter des services numériques à l'étranger
C'est ici que l'information la plus utile a longtemps circulé à l'envers. On lit souvent que le Paraguay ne taxerait pas encore les plateformes internationales. C'est faux depuis 2021.
La loi 6380/2019, précisée par une résolution générale de l'administration fiscale, impose une perception de 10 % de TVA et une retenue au titre de l'impôt des non-résidents, à un taux effectif de 4,5 %, sur les services numériques fournis depuis l'étranger. Le prélèvement est opéré directement par les banques, établissements financiers et processeurs de cartes qui interviennent dans le paiement. Publicité en ligne, outils logiciels, hébergement, plateformes de contenu : tout y passe.
Vous ne pouvez donc pas y échapper, et surtout, vous n'avez aucune raison de le vouloir. Car le point décisif est le suivant : le relevé de carte, sur lequel la taxe apparaît ventilée, constitue un justificatif valable. La taxe ainsi perçue sur vos abonnements professionnels ouvre droit à déduction au même titre qu'une facture locale.
Beaucoup de sociétés laissent ce crédit de côté, faute de savoir qu'il existe. Sur un budget de publicité en ligne ou d'outils numériques de quelques centaines de dollars par mois, cela représente plusieurs centaines de dollars perdus chaque année. Demandez à votre comptable d'intégrer ces relevés dans votre déclaration mensuelle.
Les obligations déclaratives
| Élément | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| Périodicité | Mensuelle. La date limite dépend du dernier chiffre de votre numéro fiscal, chaque contribuable ayant une échéance propre. |
| Dépôt | En ligne, sur le portail fiscal Marangatu, équivalent local du site des impôts français. Le paiement s'effectue dans la foulée. |
| Registres | Un livre des ventes et un livre des achats recensant toutes les factures émises et reçues. Ils fondent la déclaration et doivent être conservés cinq ans, durée sur laquelle porte le droit de contrôle. |
| Facturation électronique | Le pays déploie progressivement un système national de facturation électronique. La bascule est obligatoire pour les entreprises désignées, selon un calendrier échelonné. Vérifiez auprès de votre comptable si votre société est concernée, et anticipez le coût du logiciel compatible. |
| Retard | Amende forfaitaire et intérêts moratoires mensuels. Sur plusieurs mois, le cumul devient rapidement significatif. |
Six pratiques qui font la différence

Réclamer une facture conforme pour chaque achat. C'est la mesure la plus simple et la plus rentable. Carburant, déjeuners professionnels, réparations, fournitures, prestataires : chaque ticket accepté à la place d'une facture est de la taxe définitivement perdue. Formez vos collaborateurs et prévenez vos fournisseurs habituels une fois pour toutes que le numéro fiscal de la société doit figurer sur tout document.
Intégrer les services numériques étrangers. Voir plus haut. Les relevés de carte ventilant la taxe sont exploitables, et personne ne le fait spontanément.
Sécuriser la qualification d'exportation. L'écart entre 0 et 10 % justifie de constituer un dossier documentaire dès la première facture, pas au moment du contrôle.
Demander le remboursement du crédit d'exportation. Si votre société facture principalement une entité étrangère, le crédit accumulé sur vos achats locaux ne sera jamais absorbé. Sans demande de remboursement, il est perdu en pratique.
Vérifier votre régime d'imposition. Le Paraguay connaît trois régimes. Le régime RESIMPLE, réservé aux revenus les plus modestes, dispense de la TVA et allège radicalement les obligations. Le régime SIMPLE couvre des chiffres d'affaires bien plus élevés, jusqu'à l'ordre de deux milliards de guaranis, mais vous restez assujetti à la TVA. Le régime général s'applique au-delà. Beaucoup de dirigeants ignorent lequel les concerne et paient des honoraires comptables sans rapport avec leurs obligations réelles : posez la question.
Documenter l'usage professionnel des véhicules. Un utilitaire ne pose aucune difficulté. Un véhicule de tourisme conduit par le dirigeant appelle une justification de l'usage professionnel, et la déduction se fait au prorata. Un carnet de déplacements suffit et coûte quelques minutes par semaine.
Contrôles et sanctions
Deux formes de contrôle coexistent. Le contrôle sur pièces est automatisé et permanent : le système croise vos déclarations avec celles de vos clients et de vos fournisseurs, et toute incohérence déclenche une demande d'explication. Le contrôle sur place intervient plus rarement, mais systématiquement avant tout remboursement de crédit d'exportation.
Les sanctions vont de l'amende pour dépôt tardif au redressement assorti de majorations proportionnelles au montant rappelé. Deux méritent une mention particulière.
La fermeture administrative sanctionne l'absence d'émission de facture. L'administration procède à des contrôles inopinés, et les scellés sur la porte pendant plusieurs jours constituent une sanction autant commerciale que financière.
Les fausses factures, émises par des sociétés créées pour cela et vendues à des entreprises souhaitant gonfler leur crédit, relèvent du droit pénal. Le croisement automatisé des données rend ces circuits détectables, et les acheteurs sont poursuivis au même titre que les émetteurs. Si l'on vous propose ce service, la réponse est non, sans discussion.
Un exemple concret
Une société de services établie à Asunción réalise 300 millions de guaranis de chiffre d'affaires annuel auprès de clients locaux, et supporte 100 millions d'achats taxés.
La taxe collectée s'élève à environ 27 millions, la taxe déductible à environ 9 millions, soit un reversement annuel d'environ 18 millions de guaranis.
Supposons maintenant que ce dirigeant applique deux des pratiques ci-dessus : il réclame une facture pour les achats qu'il réglait jusque-là sur ticket, et il intègre ses abonnements numériques étrangers. Il récupère ainsi deux millions de guaranis de taxe supplémentaire par an. Le reversement tombe à seize millions, soit environ 260 dollars conservés chaque année, sans rien changer à son activité ni à ses dépenses. Sur une décennie, cela dépasse 2 500 dollars. C'est de l'argent déjà sorti de sa poche qu'il se contentait de ne pas réclamer.
Conclusion

La TVA paraguayenne est simple dans son principe et exigeante dans son application. Elle ne s'évite pas : contrairement à l'impôt sur les bénéfices, que la territorialité ramène à zéro sur les revenus étrangers, elle frappe toute vente locale et toute importation.
Elle se maîtrise en revanche parfaitement, et le levier tient en une phrase : le crédit de taxe, c'est de l'argent que vous avez déjà versé. Le récupérer n'est pas une optimisation, c'est simplement ne pas en faire cadeau.
Trois réflexes suffisent à capter l'essentiel. Une facture conforme pour chaque dépense professionnelle, sans exception. Les relevés de carte des services numériques étrangers transmis au comptable. Et, si vous exportez, une demande de remboursement du crédit correspondant.
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