Paraguay ou Brunei en 2026 : deux pays à 0 % d'impôt, un seul est accessible
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Sur le papier, le Brunei est le rêve fiscal absolu : ce petit sultanat pétrolier de Bornéo ne prélève aucun impôt sur le revenu des personnes physiques. Pas de barème, pas de déclaration, pas de tranche : zéro, pour tout le monde, sur tout. Ni impôt sur les plus-values, ni droits de succession, ni TVA. La rente pétrolière et gazière finance l'État, la santé et l'éducation ; le contribuable n'existe pratiquement pas. À côté, même la territorialité paraguayenne semble presque timide.
Alors pourquoi personne ne s'expatrie au Brunei ? Parce que le rêve fiscal est enfermé à double tour : le sultanat n'offre aucune voie de résidence à un indépendant étranger, la résidence permanente y est quasi inaccessible même après des décennies, et le cadre de vie, charia en vigueur, alcool interdit, société ultra-conservatrice, monarchie absolue, est aux antipodes de ce que cherche un expatrié occidental. Ce comparatif est le plus asymétrique de notre série : un 0 % théorique et verrouillé face à un 0 % réel et ouvert. Il est aussi le plus instructif sur ce qui fait la valeur d'une destination fiscale.
Dimension 1 : la fiscalité
| Aspect | Paraguay | Brunei |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu des personnes physiques | Territorialité stricte, loi 6380/2019 : 0 % sur les revenus de source étrangère, IRP de 8 à 10 % sur les revenus locaux. | 0 % absolu : aucun impôt sur le revenu, quelle que soit la source, locale ou étrangère. Le seul cas de notre série où le score fiscal brut dépasse celui du Paraguay. Une retenue existe pour un fonds de prévoyance obligatoire des salariés locaux, sans équivalent d'impôt. |
| Impôt sur les sociétés | IRACIS : 10 %. | 18,5 % sur les bénéfices des sociétés, le pétrole et le gaz relevant d'un régime spécifique bien plus lourd. Contre-intuitif : le paradis fiscal des personnes physiques taxe les entreprises presque deux fois plus que le Paraguay. |
| TVA et taxes de consommation | IVA de 10 %. | Aucune TVA. Des droits de douane sur certaines importations, et c'est à peu près tout. Score parfait. |
| Plus-values, successions, fortune | 0 % sur les plus-values étrangères et les successions ; 8 à 10 % sur les plus-values locales. | 0 % sur tout : pas d'impôt sur les plus-values, pas de droits de succession, pas d'impôt sur la fortune. Score parfait, encore. |
| Cryptomonnaies | Territorialité : gains de source étrangère hors du champ de l'impôt. Obligation déclarative auprès de la DNIT au-delà de 5 000 USD par an, Résolution 47/2026, purement informative. | Pas d'impôt, faute d'impôt sur le revenu ; mais pas de cadre non plus, les autorités mettant en garde contre les cryptoactifs sans les réglementer. Zéro impôt, zéro sécurité juridique. |
| Convention fiscale avec la France | Aucune. | Aucune. Le Brunei a longtemps figuré sur les listes françaises et européennes de juridictions non coopératives avant d'en sortir ; le stigmate bancaire, lui, persiste : les virements liés au Brunei déclenchent des vérifications renforcées. |
| Le fondement du système | Un choix de politique fiscale codifié dans la loi : la territorialité attire les résidents et les capitaux, et le pays y gagne. Un modèle auto-entretenu. | La rente : hydrocarbures et fonds souverain financent tout. Le 0 % brunéien n'est pas une politique d'attractivité, c'est un sous-produit de la rente pétrolière, et il dure ce que dure la rente. Le sultanat prépare d'ailleurs l'après-pétrole, et l'introduction progressive d'une fiscalité fait partie de tous les scénarios de diversification. |
Verdict fiscal : sur le tableau brut, le Brunei gagne : c'est le seul vrai « zéro absolu » de notre série. Mais ce zéro n'est pas un produit qui s'achète : il est réservé à ceux que le sultanat laisse entrer, et la suite de ce comparatif montre que vous n'en faites presque certainement pas partie.
Dimension 2 : l'accès, ou le cœur du problème

| Aspect | Paraguay | Brunei |
|---|---|---|
| Voies de résidence pour un étranger | Résidence temporaire ouverte à tous, sans condition de profil, d'âge ni d'employeur, obtenue en 2 à 4 mois avec un seul voyage et deux jours sur place via notre service de résidence fiscale paraguayenne, dès 1 400 €. Puis résidence permanente, puis naturalisation. | Essentiellement une seule : le permis de travail adossé à un employeur brunéien, valable tant que dure le contrat, typiquement dans le pétrole, le gaz, l'enseignement ou la santé. Contrat terminé, permis terminé, départ. Il n'existe ni visa d'indépendant, ni visa nomade digital, ni visa d'investisseur standard, ni programme de résidence par l'immobilier. Un freelance qui facture des clients étrangers n'a aucune case : le système ne le prévoit pas. |
| Résidence permanente | Standard, après deux ans de résidence temporaire. | Quasi mythique : des expatriés travaillant au Brunei depuis vingt ou trente ans ne l'obtiennent jamais. Elle relève d'une appréciation discrétionnaire, avec un examen portant notamment sur la langue malaise et la culture locale, et des attributions rarissimes. Vous pouvez passer une carrière entière au Brunei en restant un visiteur sous permis. |
| Naturalisation | 3 ans de résidence, double nationalité de fait. Voir notre guide sur la double nationalité franco-paraguayenne. | Pratiquement inexistante pour un Occidental : conditions discrétionnaires, examen exigeant, double nationalité non reconnue, attributions exceptionnelles. N'en faites même pas une hypothèse. |
| Propriété immobilière | Pleine propriété sans restriction pour les étrangers, titre à votre nom. Voir notre page investissement immobilier au Paraguay. | La propriété foncière est réservée aux citoyens ; les étrangers sont limités à des baux de longue durée ou à des montages restreints. Pas de patrimoine immobilier en votre nom. |
| Conclusion d'accès | Le 0 % territorial s'obtient en quelques mois, par n'importe qui. | Le 0 % absolu est réservé aux salariés que le sultanat recrute, pour la durée de leur contrat, sans jamais devenir un statut. Pour un indépendant, le Brunei n'est pas une option difficile : c'est une non-option. |
Dimension 3 : le cadre de vie
| Aspect | Paraguay | Brunei |
|---|---|---|
| Régime politique et droit | Démocratie imparfaite mais réelle, État de droit fonctionnel, société ouverte. | Monarchie absolue, l'une des dernières au monde : le sultan cumule les fonctions de chef de l'État et du gouvernement, sans élections nationales ni opposition. Depuis 2014, un code pénal fondé sur la charia coexiste avec la common law, prévoyant des peines très sévères pour des comportements légaux en Occident ; les peines les plus extrêmes font l'objet d'un moratoire de fait sous la pression internationale, mais le cadre légal demeure. L'homosexualité est criminalisée. Ce n'est pas un détail culturel : c'est le droit applicable aux résidents étrangers aussi. |
| Vie quotidienne | Société latine, asados, terrasses, fêtes, alcool libre, vie sociale chaleureuse. | La vente d'alcool est interdite dans tout le pays, les non-musulmans pouvant importer un quota personnel limité depuis la Malaisie voisine ; pas de bars, pas de vie nocturne, restaurants fermant tôt, divertissements publics minimaux. Les expatriés sur place décrivent une vie calme, familiale, centrée sur les clubs privés d'entreprises et les week-ends en Malaisie. Reposant pour certains, étouffant pour beaucoup. |
| Sécurité | Taux d'homicides de 7 à 9 pour 100 000, délinquance modérée. | Criminalité quasi inexistante : l'un des pays les plus sûrs du monde au quotidien, avantage réel de l'ordre autoritaire. Pas de séisme majeur, hors zone des typhons : la géologie aussi est clémente. |
| Nature | Chaco, grands fleuves, nature peu valorisée. | Un atout méconnu : environ 70 % du territoire couvert de forêt tropicale primaire de Bornéo, parmi les mieux préservées d'Asie, avec une biodiversité remarquable. Superbe, pour les week-ends d'une vie qui en compte peu d'autres distractions. |
| Santé et éducation | Privé de bon niveau à Asunción, public insuffisant. Voir notre guide santé de l'expatrié au Paraguay. | Correctes et fortement subventionnées par la rente pour les citoyens ; les expatriés relèvent surtout des assurances et cliniques privées, avec évacuation vers Singapour, à deux heures de vol, pour les cas sérieux. |
| Coût de la vie | 1 200 à 2 200 USD par mois pour une personne seule. | Comparable, voire légèrement supérieur : carburant et services subventionnés très bon marché, logement raisonnable, mais produits importés chers et loisirs payants rares, faute d'offre. Le coût n'est pas le sujet du Brunei ; l'offre de vie l'est. |
| Connexions | Liaisons régionales depuis Asunción ; 5 à 6 heures de décalage avec Paris, exploitables avec des clients européens. | Liaisons correctes vers Singapour, Kuala Lumpur et quelques hubs asiatiques ; l'Europe à une vingtaine d'heures avec escale, et 6 à 7 heures d'avance sur Paris : la journée de vos clients français est votre soirée. |
Verdict cadre de vie : le Brunei offre l'ordre, la sécurité et la forêt primaire ; il n'offre ni libertés publiques, ni vie sociale au sens occidental, ni la moindre perspective d'enracinement. Le Paraguay offre une société ouverte, imparfaite et vivante, où l'on peut s'établir, posséder, transmettre et devenir citoyen. Ces deux zéros fiscaux n'achètent pas du tout la même vie.
Dimension 4 : la synthèse
| Dimension | Paraguay (/10) | Brunei (/10) | Avantage |
|---|---|---|---|
| Fiscalité brute des personnes physiques | 9 | 10 | Brunei, sur le papier |
| Accessibilité de la résidence | 10 | 1 | Paraguay |
| Perspective de résidence permanente | 9 | 1 | Paraguay |
| Naturalisation | 9 | 0 | Paraguay |
| Propriété immobilière des étrangers | 9 | 2 | Paraguay |
| Libertés publiques et société ouverte | 7 | 2 | Paraguay |
| Vie sociale et quotidien | 7 | 3 | Paraguay |
| Sécurité criminelle | 7 | 10 | Brunei |
| Nature | 5 | 8 | Brunei |
| Compatibilité horaire avec des clients européens | 8 | 4 | Paraguay |
| Pérennité du modèle fiscal | 9 | 5 | Paraguay |
| Score global | 89/110 | 46/110 | Paraguay, le plus large écart de la série |
Quel pays pour quel profil
Le Paraguay est fait pour vous si :
- Vous êtes indépendant, entrepreneur ou investisseur : le Brunei n'a littéralement pas de porte pour vous, le Paraguay vous ouvre la sienne en quelques mois.
- Vous voulez un statut qui se construit : résidence, permanence, propriété, transmission, nationalité en trois ans. Au Brunei, vous resteriez un visiteur sous permis, à vie.
- Vous tenez à une société ouverte : terrasses, liberté de mœurs, vie sociale, presse imparfaite mais existante.
- Vos clients sont européens : le fuseau paraguayen travaille pour vous.
- Vous voulez un 0 % fondé sur une loi pérenne, pas sur une rente pétrolière en voie d'épuisement.
Le Brunei est fait pour vous si :
- Vous êtes salarié recruté par un employeur brunéien, typiquement dans l'énergie, l'enseignement ou la santé : un contrat expatrié au Brunei, salaire net d'impôt, logement souvent fourni, est financièrement excellent le temps qu'il dure. C'est le seul vrai cas d'usage du pays, et il ne passe pas par une démarche individuelle : c'est l'employeur qui ouvre la porte.
- Vous cherchez, pour quelques années salariées, un environnement d'ordre absolu, sans vie nocturne, et une épargne maximale avant de repartir : des milliers d'expatriés du pétrole font exactement ce calcul, en connaissance de cause.
- Vous visitez Bornéo : la forêt primaire brunéienne mérite le détour touristique, quelques jours, visa simple à l'arrivée.
La leçon de ce comparatif
- Un taux de 0 % ne vaut que par la porte qui y mène et par la vie qu'il permet. Le Brunei a le meilleur taux du monde et la porte la plus fermée ; le Paraguay a un taux quasi identique en pratique, une porte ouverte à 1 400 €, et une vie complète derrière : propriété, transmission, citoyenneté, société ouverte.
- C'est le principe qui traverse toute notre série de comparatifs : la fiscalité se juge en système, jamais en taux isolé. Accès, statut, pérennité, cadre de vie : le Paraguay est le seul pays de la série à cocher les quatre cases en même temps que le zéro.
Les trois erreurs à éviter
- Classer les paradis fiscaux par leur taux. Les classements « pays à 0 % d'impôt » alignent le Brunei aux côtés de destinations réellement accessibles, sans mentionner qu'aucun visa n'y attend un indépendant. Un taux sans voie d'accès est une information sans valeur pratique. Vérifiez toujours la question migratoire avant la question fiscale : c'est elle qui filtre.
- Sous-estimer le cadre juridique local. S'installer quelque part, c'est vivre sous ses lois, toutes ses lois. Le droit brunéien encadre des aspects de la vie privée que le droit occidental ignore, et il s'applique aux étrangers. La lecture des conditions de vie réelles, pas seulement du tableau fiscal, fait partie de toute décision d'expatriation sérieuse.
- Croire les rentes éternelles. Le 0 % brunéien vit de la rente pétrolière, et le sultanat lui-même planifie l'après-pétrole, fiscalité comprise. Le 0 % paraguayen vit d'un choix de politique fiscale qui rapporte au pays. Entre un privilège financé par un gisement et un principe inscrit dans une loi, le second vieillit mieux.
Conclusion

Le Brunei est l'expérience de pensée parfaite de notre série : le seul pays dont le tableau fiscal bat celui du Paraguay, et le seul dont la porte est fermée à clef. Son 0 % absolu est réel, et il est réservé aux salariés que le sultanat recrute, pour la durée de leur contrat, dans une monarchie absolue sans alcool, sans vie nocturne, sans propriété foncière étrangère, sans résidence permanente atteignable et sans naturalisation. Ce n'est pas une destination d'expatriation individuelle : c'est une affectation.
Le Paraguay propose l'inverse terme à terme : un 0 % sur les revenus étrangers qui s'obtient en quelques mois, par n'importe qui, dès 1 400 €, dans une société ouverte où l'on peut posséder, transmettre, s'enraciner et devenir citoyen en trois ans. Le score global de ce comparatif est le plus déséquilibré de toute la série, et c'est sa leçon : le meilleur taux du monde ne vaut rien sans la porte, et la porte paraguayenne est grande ouverte.
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