Prêt lombard depuis le Paraguay : emprunter sans vendre son portefeuille
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Le prêt lombard, ou crédit garanti par un portefeuille de titres, repose sur une idée simple : plutôt que de vendre vos actifs pour obtenir des liquidités, vous les mettez en garantie et empruntez contre eux. Le portefeuille reste investi et continue de produire, pendant que vous disposez du cash.
Pour un résident fiscal paraguayen, l'intérêt est immédiat. Un emprunt n'est pas un revenu : recevoir 200 000 dollars de prêt ne déclenche aucune imposition, puisqu'il s'agit d'une dette et non d'un gain. Vous accédez donc à des liquidités sans vendre, donc sans réaliser de plus-value, pendant que la territorialité maintient à zéro l'imposition locale des revenus étrangers du portefeuille.
C'est un outil puissant. C'est aussi du levier, avec ce que cela implique : un mécanisme qui amplifie les gains amplifie les pertes, et le prêteur dispose du droit de vendre vos actifs sans vous demander votre avis. Ce guide explique le fonctionnement, le coût réel et les risques. Il ne recommande rien et ne constitue pas un conseil en investissement.
Le mécanisme

Vous détenez un portefeuille de titres chez un courtier ou une banque : fonds indiciels, actions, obligations. Ce portefeuille devient la garantie du prêt.
Le prêteur détermine un ratio prêt sur valeur, généralement compris entre 50 et 70 % selon la composition du portefeuille. Un panier de fonds indiciels largement diversifiés donne droit à une quotité élevée, une action unique à une quotité bien plus faible, des obligations de qualité à une quotité supérieure encore. La marge que le prêteur conserve le protège d'une baisse des actifs.
Vous recevez ensuite les fonds, souvent en quelques heures chez un courtier en ligne, où le mécanisme est même automatique : tout retrait au-delà de votre solde disponible se transforme en emprunt sur marge. Vos titres, eux, ne bougent pas. Vous en restez propriétaire, vous percevez les dividendes et les coupons, et les plus-values latentes continuent de s'accumuler.
Le prêt est généralement à durée indéterminée, sans échéance ni pénalité de remboursement anticipé. Vous remboursez quand vous voulez, par apport de trésorerie ou par cession d'une partie du portefeuille.
Ce que cela coûte réellement
Le taux est variable et suit un taux de référence, augmenté d'une marge dégressive selon le montant emprunté. Sur un emprunt en dollars de quelques centaines de milliers, on se situe couramment dans une zone de 5,5 à 7 % par an. Les emprunts libellés en euros sont un peu moins chers, ceux libellés en francs suisses nettement moins.
Deux points sont systématiquement sous-estimés. D'abord, ce taux bouge : entre 2021 et 2023, le coût d'un emprunt sur marge en dollars est passé d'environ 1,5 % à près de 7 %. Ce qui était largement rentable est devenu marginal en dix-huit mois. Ensuite, les intérêts sont le plus souvent capitalisés, c'est-à-dire ajoutés à la dette au lieu d'être payés. La dette grossit donc toute seule, et elle grossit d'autant plus vite que le taux est élevé. Sur dix ans à 6 %, une dette non remboursée fait presque fois deux.
Le calcul qui compte n'est donc pas « le portefeuille rapporte 8 %, l'emprunt coûte 6 %, je gagne 2 % ». C'est : sur toute la durée où je porterai cette dette, le rendement de mon portefeuille dépassera-t-il un taux qui peut monter, sur une dette qui augmente d'elle-même ?
L'appel de marge, le vrai sujet
C'est ici que le prêt lombard cesse d'être une facilité de trésorerie pour devenir un risque.
Si votre portefeuille baisse, la dette ne bouge pas, mais la garantie fond. Le ratio se dégrade des deux côtés à la fois si les intérêts capitalisent pendant ce temps. Lorsque le seuil est franchi, le prêteur exige un apport de trésorerie ou de titres. À défaut, il vend vos actifs.
Un exemple rend la chose concrète. Portefeuille de 500 000 dollars, emprunt de 250 000, soit un ratio de 50 %. Le marché recule de 30 % : le portefeuille tombe à 350 000, la dette reste à 250 000, le ratio grimpe à 71 %. Si le seuil du prêteur est à 70 %, vous devez apporter environ 38 000 dollars sous quelques jours. Sans cela, le prêteur vend une partie de vos titres au plus bas. La perte devient définitive : quand le marché remonte, vous détenez moins d'actifs pour en profiter.
Trois précisions que la plupart des présentations commerciales omettent. Chez un courtier en ligne, il n'y a souvent pas d'appel téléphonique ni de délai : la liquidation est automatique, immédiate, sans consentement. Une banque privée traitera généralement le sujet par une relation et un délai de réponse, ce qui est une différence de nature, pas de degré. Deuxièmement, le prêteur peut relever ses exigences de marge unilatéralement, et il le fait précisément quand la volatilité augmente, c'est-à-dire au pire moment pour vous. Troisièmement, le prêt étant à durée indéterminée, il est aussi révocable : rien n'oblige le prêteur à maintenir la ligne.
La discipline qui change tout
La seule protection réelle est un ratio bas, très en dessous de ce que le prêteur autorise. À 25 % de ratio, avec un seuil de déclenchement à 70 %, le portefeuille peut perdre environ 64 % de sa valeur avant l'appel de marge. C'est davantage que la baisse maximale observée lors de la crise de 2008, autour de 55 % sur les grands indices mondiaux. À 35 %, la marge de sécurité tombe à environ 50 % de baisse tolérée, ce qui reste confortable sans être à l'épreuve de tout. À 50 %, une correction ordinaire de 30 % suffit à déclencher la vente forcée.
La diversification du portefeuille compte au moins autant. Un collatéral concentré sur quelques titres peut perdre 40 % en quelques séances, là où un panier mondial diversifié ne le fait pratiquement jamais. Ratio prudent et collatéral diversifié se complètent, aucun des deux ne suffit seul.
La fiscalité au Paraguay
| Événement | Traitement |
|---|---|
| Réception des fonds empruntés | Aucune imposition. Un emprunt n'est pas un revenu mais une dette. Ni impôt sur le revenu personnel, ni impôt sur le revenu des entreprises, ni TVA. |
| Intérêts versés au prêteur | Non déductibles pour un particulier au titre de l'impôt sur le revenu personnel. Une société paraguayenne qui emprunterait pour les besoins de son activité pourrait en revanche déduire ces charges de son résultat, sous les conditions habituelles. Le coût du prêt est donc un coût net d'avantage fiscal pour un particulier, et ce point mérite d'être vérifié avec votre comptable au regard de votre situation. |
| Revenus du portefeuille pendant l'emprunt | Inchangés. Dividendes, coupons et plus-values de source étrangère restent à 0 % par territorialité. Le prêt ne modifie en rien le régime des actifs. |
| Remboursement | Non imposable en soi. Si vous remboursez en cédant des titres, la cession suit le régime habituel, donc 0 % pour des actifs étrangers. |
Le schéma « acheter, emprunter, transmettre »
La logique poussée à son terme est celle que la littérature anglo-saxonne appelle buy, borrow, die. On accumule des actifs dont les plus-values restent latentes, donc non imposées. Plutôt que de vendre pour vivre, on emprunte contre ces actifs, ce qui ne déclenche aucune imposition. Au décès, les actifs passent aux héritiers, et le Paraguay n'applique aucun droit de succession. La dette est remboursée par la succession, au besoin en cédant une partie du portefeuille.
Le schéma fonctionne effectivement bien dans un pays sans droits de succession et sans imposition des plus-values étrangères. Il faut cependant en voir les limites. Il suppose que le rendement du portefeuille dépasse durablement le coût de la dette, sur des décennies et à travers des cycles de taux que personne ne prévoit. Il suppose aussi que le portefeuille ne subisse jamais de baisse assez profonde pour déclencher une liquidation, ce qui devient une hypothèse fragile à mesure que la dette capitalisée grossit. Et il n'a d'intérêt que si les héritiers ne sont pas imposés ailleurs : si vos enfants résident en France, ce sont les règles françaises de succession qui s'appliqueront à ce qu'ils reçoivent, ce que la résidence paraguayenne du défunt ne suffit pas toujours à écarter.
Autrement dit : le mécanisme est réel, mais il tient à une chaîne d'hypothèses, et chaque maillon peut céder.
Trois usages qui se défendent

Financer un achat immobilier local
C'est le cas le plus solide. Un expatrié disposant d'un portefeuille de 400 000 dollars qui souhaite acquérir un appartement à Asunción autour de 120 000 dollars peut emprunter cette somme, soit un ratio de 30 %, plutôt que de céder ses titres.
Deux raisons le justifient. D'abord le coût comparé : un crédit immobilier bancaire au Paraguay se négocie à des taux nettement supérieurs, en monnaie locale, quand il est accessible, ce qui est rarement le cas pour un étranger récemment installé. Ensuite le coût d'opportunité : vendre 120 000 dollars de titres, c'est renoncer définitivement au rendement futur de cette somme.
La contrepartie à accepter : vous détenez désormais un actif illiquide, l'appartement, financé par une dette adossée à un actif liquide qui peut être vendu contre votre gré. En cas de crise simultanée sur les marchés et sur l'immobilier local, vous ne pourrez pas vendre l'appartement assez vite pour répondre à un appel de marge.
Saisir une opportunité dans un délai court
Un vendeur exige un paiement sous quarante-huit heures, un virement international en prend cinq. Une ligne de crédit adossée au portefeuille comble ce décalage pour quelques centaines de dollars d'intérêts, avec un remboursement dès l'arrivée des fonds. C'est l'usage le moins risqué de tous, parce qu'il est court, petit, et remboursé.
Compléter des revenus sans vendre
Un retraité disposant d'un portefeuille conséquent et d'une pension couvrant l'essentiel de ses dépenses peut emprunter quelques milliers de dollars par an plutôt que de céder des titres chaque mois. À ce niveau, le ratio reste sous les 2 % et le risque d'appel de marge est théorique.
La prudence impose toutefois de dire ce que l'original passait sous silence : cette dette croît chaque année, par les nouveaux tirages et par la capitalisation des intérêts. Elle ne se rembourse jamais d'elle-même. Sur vingt ans, avec des rendements plus faibles que prévu ou des taux plus élevés, la dette peut devenir une part significative du patrimoine transmis. Le schéma tient tant que le portefeuille croît plus vite que la dette, et il faut vérifier cette condition chaque année, pas une fois pour toutes.
Le cas de l'emprunt en devise étrangère
Emprunter dans une devise à taux bas plutôt qu'en dollars réduit mécaniquement la charge d'intérêts, parfois de plusieurs points. C'est une opération de portage, et elle comporte un risque de change intégral : si la devise d'emprunt s'apprécie, votre dette augmente dans la devise de vos actifs, et cette hausse peut effacer plusieurs années d'économie d'intérêts en quelques semaines.
Le précédent le plus parlant reste l'abandon du plancher du franc suisse en janvier 2015, qui a vu la devise s'apprécier de l'ordre de 20 % en une seule séance. Les emprunteurs qui pensaient faire une économie de trois points l'ont perdue plusieurs fois en une journée. La règle prudente est d'emprunter dans la même devise que vos actifs et vos revenus : la couverture est alors naturelle et gratuite.
Les six règles à ne pas enfreindre
- Plafonner le ratio à 25 ou 30 %, même si le prêteur en autorise le double. La capacité d'emprunt affichée n'est pas une recommandation, c'est le maximum au-delà duquel le prêteur se protège lui-même.
- Ne jamais emprunter pour spéculer. Utiliser le levier pour acheter des actifs volatils expose à une double peine : les positions financées perdent de la valeur en même temps que le collatéral, et la liquidation arrive plus vite qu'on ne peut réagir.
- Garder une réserve de trésorerie hors du portefeuille, de l'ordre de 10 à 20 % du montant emprunté, sur un compte distinct. C'est ce qui permet de répondre à un appel de marge sans vendre.
- Diversifier le collatéral. Un portefeuille concentré transforme un accident sur un titre en liquidation générale.
- Surveiller le taux. Il est variable et peut quadrupler en deux ans, comme cela s'est produit récemment. Lorsque le coût de la dette approche le rendement attendu du portefeuille, l'opération n'a plus de sens et il faut rembourser.
- Emprunter dans la devise de vos actifs. L'économie d'intérêts d'un emprunt en devise tierce est un pari de change déguisé.
Conclusion

Le prêt lombard répond à une question précise et il y répond bien : comment obtenir des liquidités sans céder des actifs que l'on souhaite conserver. Pour un résident paraguayen, la réponse est particulièrement propre, puisque l'emprunt n'est pas imposé, que les revenus du portefeuille ne le sont pas davantage, et qu'aucun droit de succession ne vient clore l'histoire.
Mais ce n'est pas de l'argent gratuit. C'est une dette à taux variable, capitalisée, adossée à des actifs que le prêteur peut vendre à sa discrétion et au plus mauvais moment. Bien utilisé, avec un ratio bas, un collatéral diversifié et une réserve de côté, c'est un outil de financement moins cher que la plupart des crédits accessibles depuis le Paraguay. Mal utilisé, avec un ratio élevé et un portefeuille concentré, c'est le mécanisme par lequel une correction de marché ordinaire se transforme en perte définitive.
La question à se poser avant d'emprunter n'est donc pas « combien puis-je obtenir », mais « que se passe-t-il si mon portefeuille perd la moitié de sa valeur pendant que je porte cette dette ». Si la réponse est confortable, l'outil a sa place dans une architecture patrimoniale, aux côtés des autres briques que nous détaillons dans notre guide du family office lean depuis le Paraguay. Si elle ne l'est pas, l'emprunt est trop gros.
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