Créer une entreprise d'import-export au Paraguay : douanes et fiscalité 2026

Créer une entreprise d'import-export au Paraguay : douanes et fiscalité 2026

Le Paraguay est un pays d'import-export par nature. Enclavé entre le Brésil et l'Argentine, sans accès à la mer, il dépend massivement du commerce extérieur : environ 60 à 70 % de son PIB est lié aux échanges internationaux, importations, exportations et réexportations confondues. Le pays importe l'essentiel de ce qu'il consomme en biens manufacturés, électronique, vêtements, machines, véhicules, pièces détachées et produits chimiques, principalement depuis la Chine, le Brésil, l'Argentine et les États-Unis. Il exporte ses matières premières, soja, viande bovine, maïs, blé, énergie hydroélectrique, cuir et bois, vers le Brésil, l'Argentine, le Chili, la Russie et l'Union européenne. Cette double dynamique crée un marché considérable pour les entreprises d'import-export, et des opportunités réelles pour les entrepreneurs expatriés qui connaissent les marchés internationaux, parlent plusieurs langues et comprennent les réglementations douanières.

Ciudad del Este, deuxième ville du pays, est souvent présentée comme l'un des plus grands centres commerciaux du monde par le volume de ses transactions. La zone attire des acheteurs brésiliens, argentins et sud-américains venus chercher de l'électronique, des parfums, des vêtements et des produits importés à des prix sensiblement inférieurs à ceux pratiqués chez eux, grâce à la fiscalité paraguayenne. Pour un expatrié francophone, créer une entreprise d'import-export est l'un des modèles les plus scalables du pays : les marges d'importation se situent généralement entre 15 et 40 %, les volumes peuvent croître rapidement et la fiscalité figure parmi les plus basses d'Amérique du Sud. Ce guide couvre les procédures douanières, la fiscalité, les coûts, les routes commerciales et les stratégies pour réussir.

Le commerce extérieur paraguayen en 2026

Les chiffres clés

Indicateur Ordre de grandeur
Exportations totales Environ 14 à 18 milliards USD par an. Le soja et ses dérivés représentent 35 à 40 % du total, la viande bovine 10 à 15 %, les céréales et l'énergie hydroélectrique environ 10 % chacune, le cuir et les produits forestiers 5 à 8 %. La croissance annuelle se situe autour de 5 à 8 %, portée par la demande mondiale et par une diversification progressive des débouchés vers la Russie, l'Égypte, Israël, le Chili et le Pérou, en complément des marchés traditionnels.
Importations totales Environ 13 à 17 milliards USD par an. Les machines et équipements pèsent près de 20 %, les combustibles environ 15 %, les produits chimiques et pharmaceutiques 12 %, l'électronique et l'informatique 10 %, les véhicules et pièces 10 %, les textiles 8 %. La Chine fournit 30 à 35 % des importations, le Brésil 20 à 25 %, l'Argentine 10 à 15 %, les États-Unis 5 à 8 %.
Balance commerciale Légèrement positive ou équilibrée selon les années. Le Paraguay est exportateur net grâce au soja et à la viande, qui compensent les importations de biens manufacturés.
Accords commerciaux Le Paraguay est membre du MERCOSUR avec le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay. Cette union douanière applique un tarif extérieur commun et une libre circulation des marchandises entre membres, soit des droits nuls sur la plupart des produits intra-zone. Le MERCOSUR a conclu des accords avec Israël, l'Égypte, la Palestine, l'Inde et l'union douanière d'Afrique australe, et l'accord avec l'Union européenne suit son processus de ratification. Le Paraguay bénéficie par ailleurs du Système généralisé de préférences, qui accorde des réductions de droits aux exportations paraguayennes vers l'Union européenne, les États-Unis, le Japon et le Canada.
Organismes clés La DNA, direction nationale des douanes, gère les procédures d'importation et d'exportation, les inspections, les droits et les régimes spéciaux. La DNIT, administration fiscale, gère l'IVA sur les importations et l'IRE. Le SENACSA contrôle les produits d'origine animale, le SENAVE les produits végétaux, et l'INTN la certification et les normes techniques.

Les routes commerciales

Barge fluviale illustrant la hidrovía Paraguay-Paraná

Route Détail
Voie fluviale, la hidrovía Paraguay-Paraná C'est l'artère principale du commerce paraguayen. Le pays n'a pas d'accès direct à l'océan, mais le fleuve Paraguay le relie au Río de la Plata puis à l'Atlantique, sur une voie navigable d'environ 3 400 kilomètres allant de Corumbá au Brésil jusqu'à Buenos Aires et Montevideo. Les barges transportent près de 80 % des exportations de soja et de céréales, à un coût de l'ordre de 15 à 25 USD la tonne contre 40 à 60 USD par camion sur les longues distances. Les ports principaux sont Asunción, Villeta, qui concentre l'essentiel du volume portuaire national et se situe à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale, Encarnación, ainsi que les ports privés de l'Alto Paraná.
Voie terrestre Les camions assurent 15 à 20 % du commerce extérieur. Trois axes structurent le réseau : la Ruta 1 vers Encarnación et le pont vers l'Argentine, la Ruta 2 vers Ciudad del Este et le pont de l'Amitié qui ouvre sur le Brésil et les ports de Paranaguá et Santos, et la Trans-Chaco vers la Bolivie et, au-delà, les ports chiliens du Pacifique pour les flux vers l'Asie. La route est privilégiée pour les marchandises à haute valeur ou périssables, pour lesquelles la lenteur des barges est rédhibitoire.
Voie aérienne L'aéroport Silvio Pettirossi d'Asunción traite le fret aérien, essentiellement des produits à forte valeur et faible volume : électronique, pièces détachées, produits pharmaceutiques, échantillons commerciaux, colis de commerce en ligne. Le coût, de l'ordre de 3 à 8 USD le kilo contre quelques centimes par barge, réserve ce mode aux cas où la rapidité justifie la dépense. Les connexions passent principalement par São Paulo, hub de fret de la région, ainsi que Buenos Aires, Santiago, Lima et Miami.
Voie ferroviaire Le Paraguay ne dispose plus de réseau ferroviaire fonctionnel pour le fret. L'ancien réseau est hors service depuis les années 1990 et 2000, et les projets de réhabilitation restent au stade des discussions. Le rail n'est pas une option pour l'import-export en 2026.

Les procédures douanières

Importer au Paraguay

Étape Détail Délai
1. Inscription comme importateur Importer suppose d'être inscrit au registre des importateurs de la DNA. Il faut pour cela une société paraguayenne, SRL ou SA, dont l'objet social couvre les activités d'importation et d'exportation, voir notre service de création d'entreprise, un RUC actif auprès de la DNIT, puis le dépôt du dossier auprès de la DNA avec les statuts, l'acte constitutif, le RUC et la cédula du représentant légal. L'inscription est obligatoire : sans elle, aucun dédouanement n'est possible. ~2 à 4 semaines après la création de la société, si le dossier est complet
2. Le despachante de aduanas Le despachante est l'intermédiaire obligatoire entre l'importateur et la douane. Vous ne pouvez pas dédouaner vous-même : ce professionnel agréé par la DNA prépare la déclaration, calcule les droits, soumet les documents et suit le dédouanement. C'est votre partenaire le plus important, et son choix engage votre responsabilité. Un despachante qui sous-déclare la valeur des marchandises commet une fraude douanière dont vous répondez également, avec à la clé amendes, saisie et poursuites. Le coût se situe entre 200 et 800 USD par opération, négociable à la baisse au-delà d'une dizaine d'opérations annuelles. Dédouanement en ~3 à 7 jours ouvrables si les documents sont conformes. Les retards viennent de dossiers incomplets ou d'une inspection physique décidée par la DNA.
3. Les documents d'importation
  • Facture commerciale émise par le fournisseur étranger, détaillant description, quantités, prix unitaires, prix total et conditions de livraison selon l'Incoterm retenu.
  • Connaissement ou document de transport, émis par le transporteur, qui atteste que les marchandises sont en route vers le Paraguay.
  • Liste de colisage précisant le nombre de colis, leurs dimensions, les poids brut et net et le contenu de chacun.
  • Certificat d'origine, indispensable pour bénéficier des taux préférentiels MERCOSUR ou du Système généralisé de préférences. Sans lui, le taux général s'applique, souvent nettement plus élevé.
  • Certificats spécifiques selon le produit : certificat sanitaire du SENACSA pour les produits animaux ou du SENAVE pour les produits végétaux, certificat de conformité de l'INTN pour les produits soumis à normes techniques, registre sanitaire pour les aliments, cosmétiques et produits pharmaceutiques auprès des autorités sanitaires compétentes.
  • Déclaration en douane, préparée par le despachante et soumise par voie électronique au système informatique de la DNA. L'ensemble des opérations douanières est dématérialisé.
~1 à 3 jours de préparation, si le fournisseur a transmis l'ensemble des pièces
4. Paiement des droits et taxes Le paiement conditionne la libération des marchandises et intervient donc avant tout retrait. Il s'effectue par voie électronique ou par virement. L'assiette est la valeur en douane, calculée sur la base CIF, coût, assurance et fret, conformément à l'accord de l'OMC sur l'évaluation en douane. ~1 à 2 jours
5. Inspection et libération La DNA oriente chaque expédition vers un canal. Le canal vert, le plus fréquent, entraîne une libération automatique après paiement. Le canal jaune déclenche un contrôle documentaire sans ouverture des colis. Le canal rouge implique une inspection physique : ouverture des conteneurs, vérification de la concordance entre documents et marchandises, recherche de sous-déclarations ou de marchandises prohibées. Les frais d'inspection, de l'ordre de 100 à 500 USD selon le volume, sont à la charge de l'importateur. L'orientation dépend d'un profil de risque et d'une part d'aléa. Canal vert : aucun délai supplémentaire. Canal jaune : ~1 à 2 jours. Canal rouge : ~2 à 5 jours.

Exporter depuis le Paraguay

Étape Détail
Inscription comme exportateur La démarche auprès de la DNA reprend celle de l'importateur : société, RUC, inscription au registre des exportateurs. L'exportation est encouragée par les pouvoirs publics, et les procédures sont généralement plus légères que celles de l'importation.
Documents d'exportation Facture commerciale d'exportation, connaissement, liste de colisage et certificat d'origine lorsque le pays de destination l'exige pour appliquer des droits réduits, ce certificat étant délivré par le ministère de l'Industrie et du Commerce ou par la chambre de commerce. Les certificats sanitaires du SENACSA ou du SENAVE sont obligatoires pour toutes les exportations agricoles et alimentaires. La déclaration d'exportation est déposée par le despachante.
Fiscalité de l'exportation Les exportations sont exonérées d'IVA. Le crédit d'IVA accumulé sur les achats locaux est en principe remboursable par la DNIT, mais le délai réel se compte souvent en mois, ce qui constitue une contrainte de trésorerie bien identifiée par les exportateurs. L'IRE s'applique au bénéfice de l'activité au taux de 10 %. Le Paraguay ne prélève aucun droit à l'exportation, ce qui constitue un avantage compétitif net face à des voisins qui appliquent des retenues sur les exportations agricoles.

La fiscalité de l'import-export

Droits et taxes à l'importation

Taxe Taux Base Détail
Droit de douane 0 à 30 % selon le produit Valeur CIF Chaque produit est classé selon la nomenclature commune du MERCOSUR, qui détermine son taux. Les matières premières supportent des droits faibles, de 0 à 6 %, le pays cherchant à faciliter la transformation locale. Les biens intermédiaires se situent entre 6 et 14 %, les biens de consommation entre 14 et 20 %, et les produits jugés sensibles comme les textiles ou les chaussures entre 20 et 30 %. Les marchandises originaires du Brésil, d'Argentine ou d'Uruguay entrent en franchise sur présentation d'un certificat d'origine MERCOSUR. Les produits chinois relèvent du tarif extérieur commun au taux plein, la Chine n'ayant pas d'accord préférentiel avec la zone.
IVA à l'importation 10 % Valeur CIF augmentée des droits de douane L'assiette est plus large que la seule valeur du produit puisqu'elle intègre les droits. Cette IVA constitue un crédit d'impôt déductible de l'IVA collectée sur vos ventes locales : l'opération est neutre à terme, mais elle mobilise de la trésorerie au moment du dédouanement, jusqu'à la vente effective des marchandises.
Frais de douane ~0,5 à 1 % Valeur CIF Frais administratifs de la DNA couvrant le traitement de la déclaration, le stockage temporaire et les services douaniers. Coût faible et prévisible.

Exemple chiffré : importation d'électronique depuis la Chine

Poste Montant
Valeur FOB des marchandises 10 000 USD
Fret maritime et fluvial jusqu'au port de Villeta ~2 000 USD
Assurance transport, environ 1 % de la valeur FOB et du fret ~120 USD
Valeur CIF 12 120 USD
Droit de douane à 18 %, taux courant pour l'électronique grand public ~2 182 USD
IVA à l'importation, 10 % sur CIF majorée des droits ~1 430 USD
Frais de douane, environ 0,5 % ~61 USD
Honoraires du despachante ~400 USD
Transport local du port à l'entrepôt d'Asunción ~200 USD
Coût rendu entrepôt ~16 393 USD
Majoration par rapport au FOB ~64 %

Ce qu'il faut retenir de ce calcul. Un achat de 10 000 USD FOB revient à environ 16 400 USD une fois la marchandise dans votre entrepôt. Sur ce total, l'IVA de 1 430 USD est récupérable et n'entre donc pas dans le prix de revient économique, tandis que le droit de douane de 2 182 USD est définitivement acquis au Trésor et doit être intégré à votre prix. Les honoraires de despachante et une partie du fret sont des coûts fixes par opération : ils pèsent lourdement sur une petite expédition et se diluent à mesure que le volume augmente. C'est la raison pour laquelle ce métier récompense les volumes plutôt que les envois fractionnés.

La fiscalité de l'entreprise

Impôt Application
IRE, 10 % Le bénéfice net est imposé à 10 %. Sont déductibles l'ensemble du coût de revient des marchandises, valeur FOB, fret, assurance et droits de douane, ainsi que les salaires, le loyer de l'entrepôt, le marketing, le transport local, les honoraires de despachante, la comptabilité, voir notre service de comptabilité à 30 € par mois, les amortissements et les frais opérationnels. L'impôt portant sur le bénéfice et non sur le chiffre d'affaires, une activité dégageant une marge nette de 10 à 15 % supporte un taux effectif de l'ordre de 1 à 1,5 % de son chiffre d'affaires.
IVA, 10 % Les ventes locales sont soumises au taux général de 10 %, collecté auprès des acheteurs. L'IVA acquittée à l'importation vient en déduction, le solde étant reversé mensuellement à la DNIT. Les exportations sont exonérées, le crédit d'IVA correspondant étant théoriquement remboursable, avec les délais évoqués plus haut. Voir notre guide de l'IVA au Paraguay.
IDU, 8 % Les dividendes distribués à un associé résident supportent l'IDU au taux de 8 %, porté à 15 % pour un associé non-résident. Pour un associé résident, la charge cumulée sur un bénéfice intégralement distribué s'établit autour de 17 %.
Paiements à l'étranger L'achat de marchandises à un fournisseur étranger n'est pas soumis à retenue à la source : la retenue vise les services et les redevances, pas les biens. En revanche, la commission versée à un agent commercial établi à l'étranger rémunère une prestation de service et relève de l'impôt sur le revenu des non-résidents, avec une retenue dont l'assiette et le taux effectif dépendent de la nature exacte de la prestation. La frontière entre achat de marchandises et rémunération de service est déterminante et mérite une position écrite de votre comptable avant le premier paiement.

Les régimes douaniers spéciaux

Régime Avantage Conditions
Admission temporaire Les marchandises entrent sans acquitter les droits de douane ni l'IVA, à charge d'être réexportées dans un délai généralement compris entre six et douze mois, renouvelable. Le régime couvre les machines importées pour un chantier ou un projet ponctuel, les échantillons commerciaux destinés à un salon, et les marchandises en simple transit vers un pays tiers. Constitution d'une garantie, caution bancaire ou assurance, couvrant le montant des droits et taxes suspendus. La garantie est acquise à l'administration si la réexportation n'intervient pas dans le délai.
Zone franche Le Paraguay compte plusieurs zones franches, dont la principale à Ciudad del Este, où les marchandises peuvent être stockées, transformées et réexportées sans droits de douane ni IVA. C'est le mécanisme qui structure le commerce de Ciudad del Este : les marchandises arrivent d'Asie, sont stockées en zone franche, puis vendues à des acheteurs brésiliens qui les emportent par le pont de l'Amitié. L'entreprise doit obtenir une licence d'opérateur de zone franche auprès du conseil national compétent. L'activité doit être principalement tournée vers l'exportation, les ventes sur le marché local étant plafonnées à une faible part du chiffre d'affaires. Le régime fiscal applicable aux opérateurs de zone franche est spécifique et a évolué avec la loi 6380/2019 : faites confirmer les taux en vigueur par votre comptable avant de construire votre modèle.
Maquila Institué par la loi 1064/1997, ce régime permet à une entreprise étrangère de faire fabriquer ou assembler des produits au Paraguay en important les intrants en franchise de droits, les produits finis étant réexportés. L'imposition porte sur la valeur ajoutée localement, c'est-à-dire pour l'essentiel la main-d'œuvre et les services locaux, au taux de 1 %. Le dispositif est largement utilisé par des donneurs d'ordre brésiliens dans le textile et l'électronique, le coût total employeur paraguayen étant sensiblement inférieur à celui du Brésil une fois les charges sociales prises en compte. Un contrat de maquila doit lier la société paraguayenne à l'entreprise étrangère. Les intrants doivent être majoritairement importés, une part limitée d'approvisionnement local étant tolérée. La production doit être exportée à une très large majorité, les ventes locales étant strictement encadrées.
Drawback Ce régime ouvre droit au remboursement des droits de douane acquittés sur des matières premières importées, dès lors qu'elles ont servi à fabriquer des produits ensuite exportés. Un importateur de tissu qui confectionne des vêtements au Paraguay puis les exporte peut ainsi récupérer le droit payé à l'entrée du tissu, ce qui améliore la compétitivité du produit fini à l'export. Transformation effective au Paraguay et exportation du produit fini. La demande est déposée auprès de la DNA avec les justificatifs d'importation et d'exportation. Le remboursement demande plusieurs mois, ce qui immobilise de la trésorerie sur la période.

Les opportunités pour un entrepreneur francophone

Vins français illustrant les opportunités d'importation au Paraguay

Importer des produits européens

Produit Demande locale Marge indicative
Vins et spiritueux La demande de vins français progresse nettement : restaurants haut de gamme, bars à vin, expatriés et clientèle aisée paraguayenne se tournent de plus en plus vers les crus européens. Les vins argentins et chiliens dominent toujours le marché en volume, mais le positionnement français bénéficie d'un prestige qui justifie le premium. Le segment reste une niche, de l'ordre de 5 à 10 % du marché du vin, avec une croissance annuelle à deux chiffres. Les spiritueux premium progressent parallèlement à la culture du cocktail. ~30 à 60 % sur le vin, ~25 à 45 % sur les spiritueux. Un vin acheté quelques euros départ France revient, droits de douane d'environ 20 %, IVA et fret compris, à un coût rendu qui laisse une marge confortable au prix de vente local.
Produits alimentaires européens Les expatriés cherchent des produits introuvables ou vendus à des prix très supérieurs aux prix européens dans les rares épiceries fines d'Asunción : fromages, charcuterie, condiments, confitures, biscuiterie, chocolat. Marché de niche, mais clientèle peu sensible au prix. ~40 à 100 %, avec une réserve sérieuse : chaque référence alimentaire doit faire l'objet d'un enregistrement sanitaire individuel, procédure qui prend plusieurs mois et coûte quelques centaines de dollars par produit. Les denrées périssables ajoutent la contrainte de la chaîne du froid. Ce sont ces deux facteurs, plus que la douane, qui déterminent la viabilité du projet.
Machines et équipements industriels L'investissement industriel paraguayen progresse rapidement. Les machines européennes, agricoles, agroalimentaires, de construction ou textiles, sont recherchées pour leur durabilité : leur coût total de possession est souvent inférieur à celui des équipements d'entrée de gamme, malgré un prix d'achat plus élevé. Le marché est strictement B2B, avec des tickets de 10 000 à 500 000 USD. ~15 à 30 %, marges plus faibles mais sur des montants sans commune mesure avec les biens de consommation. Les droits de douane sur les machines sont réduits, de 0 à 6 %, le pays cherchant à attirer l'investissement productif.
Mode et cosmétiques Le marché paraguayen de la mode et des cosmétiques représente plusieurs centaines de millions de dollars par an. Les grandes enseignes internationales sont présentes de façon indirecte, via des distributeurs locaux, et l'absence de points de vente en propre laisse un écart de prix important avec l'Europe. La distribution reste le principal point faible du marché, donc la principale opportunité. ~25 à 50 %. Attention aux droits de douane, de 20 à 30 % sur les textiles et les cosmétiques, catégories protégées, et aux enregistrements sanitaires exigés pour les cosmétiques.

Exporter des produits paraguayens vers l'Europe

Produit Marché européen Avantage paraguayen
Yerba maté Le maté s'installe durablement en Europe comme boisson naturelle et énergisante. Les ventes progressent nettement en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, et les circuits bio référencent un nombre croissant de marques. Le marché européen se compte en dizaines de millions d'euros et croît vite. Le Paraguay est le berceau de la plante et l'un des premiers producteurs mondiaux. Les prix de production sont bas, l'écart avec le prix de vente au détail en Europe est considérable, et le pays bénéficie de droits réduits ou nuls à l'entrée dans l'Union au titre du Système généralisé de préférences. L'opportunité tient moins au produit brut, largement banalisé, qu'à la création d'une marque premium : origine unique, certification biologique, conception du packaging pour le goût européen.
Cuir et articles en cuir Le marché européen du cuir se chiffre en dizaines de milliards d'euros, entre chaussure, maroquinerie, ceinture, habillement et ameublement. La demande de cuir traçable et documenté progresse fortement, les acheteurs européens exigeant désormais de connaître l'origine et les conditions de production. Le cuir est un sous-produit abondant de la filière bovine paraguayenne, avec un cheptel d'environ quatorze millions de têtes et un avantage de coût substantiel face aux tanneries européennes. L'export exige un certificat sanitaire du SENACSA, le cuir étant un produit d'origine animale. Les droits à l'entrée dans l'Union sont modérés sur le cuir brut, plus élevés sur les articles finis, avec là encore une réduction possible au titre du Système généralisé de préférences.
Stevia et édulcorants naturels La demande européenne d'alternatives naturelles au sucre progresse fortement et la stevia s'est imposée comme la principale d'entre elles. Le marché européen se chiffre en centaines de millions d'euros. La plante est native du Paraguay, qui en est le producteur historique même si la production industrielle mondiale s'est déplacée. Cette antériorité fournit un récit commercial solide pour une stevia biologique et artisanale, cultivée selon des méthodes traditionnelles. Les feuilles séchées se négocient à quelques dollars le kilo, les extraits nettement plus haut : la valeur ajoutée se situe dans la transformation, pas dans la matière première brute.
Artisanat guarani Le marché européen de l'artisanat de décoration et d'accessoires est vaste et se nourrit d'une demande de produits authentiques, faits main et porteurs d'une histoire. Le ñandutí, le ao po'i et la céramique guaranie n'ont aucun équivalent ailleurs dans le monde. Les prix de production sont très bas et l'écart avec les prix de vente européens est le plus élevé de toutes les catégories examinées. L'artisanat traditionnel entre dans l'Union avec des droits réduits ou nuls. La contrainte est le volume : une production entièrement manuelle plafonne à quelques dizaines ou centaines de pièces par mois et par artisan, ce qui interdit tout modèle de masse et oriente vers le positionnement premium. La vente en ligne directe est le canal le plus adapté, en supprimant les intermédiaires qui absorberaient l'essentiel de l'écart de prix.

L'investissement de démarrage

Poste Coût estimé
Création de la société, inscription DNA et RUC ~3 000 à 5 000 USD
Premier stock de marchandises. Commencez petit, sur un demi-conteneur ou un conteneur de vingt pieds. ~5 000 à 30 000 USD en valeur FOB
Droits de douane, IVA d'importation et honoraires de despachante sur la première opération ~3 000 à 15 000 USD, soit 30 à 50 % de la valeur FOB selon le produit
Fret de la première expédition ~1 000 à 5 000 USD selon l'origine et le volume
Entrepôt de 50 à 200 m² en zone industrielle ou en périphérie d'Asunción, premier loyer et caution ~1 000 à 3 000 USD
Enregistrements sanitaires et certifications, si le produit en relève, à multiplier par le nombre de références ~0 à 10 000 USD
Site web, marketing et prospection commerciale ~2 000 à 5 000 USD
Fonds de roulement sur trois à six mois, pour couvrir le décalage entre la commande au fournisseur et l'encaissement du client ~10 000 à 30 000 USD
Total ~25 000 à 100 000 USD

Un modèle chiffré : importation de produits européens

Le tableau ci-dessous est une hypothèse de travail destinée à faire apparaître la structure économique de l'activité et le rôle des économies d'échelle. Il ne constitue ni une prévision, ni une garantie de résultat, et les montants réels dépendent du produit retenu, de vos conditions d'achat et de votre capacité commerciale.

Poste Année 1 Année 2 Année 3
Nombre d'importations 4 à 6 8 à 12 15 à 20
Valeur FOB importée ~60 000 USD ~150 000 USD ~350 000 USD
Chiffre d'affaires local ~90 000 USD ~230 000 USD ~530 000 USD
Coût des marchandises vendues, tout compris ~72 000 USD ~175 000 USD ~390 000 USD
Marge brute ~18 000 USD, soit 20 % ~55 000 USD, soit 24 % ~140 000 USD, soit 26 %
Charges opérationnelles : entrepôt, un à trois salariés, marketing, transport, comptabilité, assurance ~12 000 USD ~25 000 USD ~50 000 USD
Résultat avant impôt ~6 000 USD ~30 000 USD ~90 000 USD
IRE 10 % puis IDU 8 % sur distribution ~1 030 USD ~5 160 USD ~15 480 USD
Résultat après impôt ~4 970 USD ~24 840 USD ~74 520 USD

Ce que dit ce modèle. La première année est une année d'apprentissage : vous découvrez les procédures, testez des fournisseurs et identifiez vos clients, sur des volumes faibles et des marges serrées. Le résultat y est modeste et doit être considéré comme le coût de la courbe d'apprentissage. La deuxième année marque le passage à l'échelle, avec des produits validés, des fournisseurs éprouvés et une marge qui s'améliore mécaniquement. La troisième traduit la maturité des opérations. Le point central est là : les coûts fixes par opération, honoraires de despachante, part fixe du fret, transport local, se diluent à mesure que le volume augmente. Ce métier est structurellement un métier de volume, et une petite structure qui reste à quatre expéditions annuelles ne franchira jamais le seuil de rentabilité intéressant.

Les erreurs coûteuses

Erreur 1 : raisonner sur le prix FOB

Un produit acheté 5 USD en Chine et revendu 10 USD au Paraguay ne dégage pas 100 % de marge. Il revient rendu entrepôt entre 8 et 9 USD, une fois le fret, l'assurance, les droits d'environ 18 %, l'IVA, le despachante et le transport local pris en compte, soit une majoration de 60 à 80 % sur le prix d'achat. La marge réelle tombe alors entre 10 et 25 %. Calculez systématiquement le coût rendu entrepôt avant de fixer votre prix de vente, et surtout avant de passer commande. Un produit qui paraît rentable au prix départ usine peut ne pas l'être du tout une fois dédouané.

Erreur 2 : négliger les normes et certifications

Les produits importés doivent satisfaire aux normes locales : certification technique de l'INTN pour l'électrique, l'électronique, les jouets et les produits chimiques, enregistrement sanitaire pour les aliments, les cosmétiques et les produits pharmaceutiques, certificats du SENACSA ou du SENAVE pour les produits d'origine animale ou végétale. Un produit dépourvu de la certification requise est bloqué en douane. Vous ne pouvez pas le dédouaner, la marchandise reste au port, les frais de stockage courent, et l'opération se transforme en perte sèche. Vérifiez les normes applicables auprès de l'INTN avant de commander, pas après la mise à quai.

Erreur 3 : travailler avec un despachante malhonnête

Certains despachantes proposent de sous-déclarer la valeur des marchandises pour réduire les droits. L'économie apparente se chiffre en quelques milliers de dollars. Le risque, lui, est disproportionné : saisie de la totalité de la cargaison, amende pouvant représenter plusieurs fois les droits éludés, poursuites pénales pour contrebande, et surtout inscription durable au profil de risque de la DNA, qui vous vaudra un contrôle physique sur chacune de vos futures importations. Ce dernier point est le plus coûteux, parce qu'il est permanent. Choisissez un despachante réputé, vérifiez son agrément, demandez des références à la chambre de commerce et appelez d'autres importateurs qui travaillent avec lui. Déclarez à la valeur exacte : aucune économie de sous-déclaration ne compense ce que vous risquez.

Erreur 4 : ne pas maîtriser les Incoterms

Les Incoterms définissent qui paie quoi dans une transaction internationale : le fret, l'assurance, le dédouanement, le transport local. En EXW, l'acheteur prend tout en charge dès la sortie d'usine et supporte le risque depuis le départ. En FOB, le vendeur assume les frais jusqu'au chargement, l'acheteur payant ensuite fret, assurance et dédouanement. En CIF, le vendeur inclut fret et assurance dans son prix, l'acheteur ne prenant en charge que le dédouanement et l'acheminement final, ce qui réduit le risque mais peut renchérir la facture si le vendeur valorise généreusement ces postes. Un acheteur qui ne lit pas ses conditions peut payer deux fois le même fret, une fois dans le prix CIF et une fois au transitaire. Familiarisez-vous avec les Incoterms 2020 et mentionnez explicitement celui retenu dans chaque commande : c'est lui, et non le prix affiché, qui détermine le coût réel de la marchandise.

Erreur 5 : dépendre d'un fournisseur unique

Un fournisseur qui livre en retard, modifie sa qualité, augmente ses prix ou cesse son activité vous met en rupture de stock, et vos clients vont chez le concurrent. Prévoyez deux à trois sources par catégorie de produit : un fournisseur principal sur la majorité du volume, un secondaire, et une solution de repli pour les urgences. La diversification renchérit légèrement le prix unitaire, les commandes étant plus fractionnées, mais ce surcoût est sans commune mesure avec le coût d'une rupture d'approvisionnement.

Erreur 6 : sous-estimer le besoin en fonds de roulement

Le cycle complet, de la commande au fournisseur jusqu'à l'encaissement du client, s'étale sur trois à cinq mois : un mois de fabrication, un mois et demi de fret maritime, une semaine ou deux de dédouanement, quelques semaines de commercialisation, puis un délai de paiement de trente à soixante jours en B2B. Pendant toute cette période, votre argent est immobilisé : vous avez payé le fournisseur, le fret et les droits, sans avoir encore vendu. Comptez un besoin en fonds de roulement de l'ordre de 30 à 50 % de votre chiffre d'affaires annuel, financé sur fonds propres ou par une ligne de crédit dédiée au commerce extérieur, les banques paraguayennes en proposant à des taux qui reflètent le coût local de l'argent. La négociation d'un délai de paiement fournisseur à soixante ou quatre-vingt-dix jours est l'autre levier, et le moins cher : c'est un crédit gratuit, accordé aux clients fidèles et ponctuels.

Conclusion

Entrepôt logistique illustrant le stockage des marchandises importées au Paraguay

Créer une entreprise d'import-export au Paraguay est un projet à forte scalabilité. Les volumes peuvent progresser rapidement dès lors que le produit est validé et que le capital suit, et le plafond dépend surtout de votre trésorerie, de votre réseau et de votre capacité à identifier des produits réellement rentables une fois dédouanés. La fiscalité est compétitive : droits de douane de 0 à 30 % selon la catégorie, IRE à 10 % sur le bénéfice, IVA récupérable, IDU à 8 % pour un associé résident, soit environ 17 % au total, et aucun droit de sortie sur les exportations.

Les procédures douanières sont maîtrisables avec un bon despachante, dont le choix est la première décision structurante du projet. Le système informatique de la DNA a dématérialisé l'ensemble des opérations et le dédouanement prend trois à sept jours ouvrables sur un dossier conforme. Trois modes de transport structurent les flux : la hidrovía pour l'essentiel du volume au coût le plus bas, la route pour les marchandises rapides ou périssables, l'aérien pour la haute valeur. Trois régimes spéciaux méritent d'être étudiés selon votre modèle : la zone franche pour la réexportation, la maquila pour la sous-traitance industrielle, le drawback pour la transformation destinée à l'export.

Les opportunités existent dans les deux sens. À l'import, les vins et spiritueux, les produits alimentaires européens, les machines industrielles et les cosmétiques présentent des écarts de prix exploitables, sous réserve des contraintes sanitaires et normatives. À l'export, le maté, le cuir, la stevia et l'artisanat guarani bénéficient d'un avantage de coût et de droits réduits à l'entrée dans l'Union européenne. Le démarrage demande entre 25 000 et 100 000 USD, la première année sert à apprendre, et la rentabilité se construit sur le volume plutôt que sur la marge unitaire.

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