Donner de l'argent à ses enfants en France depuis le Paraguay : le guide 2026
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Donner de l'argent à ses enfants est un geste simple. Il le reste beaucoup moins quand le parent vit au Paraguay et l'enfant en France. Qui taxe ? Le pays du donateur, celui du bénéficiaire, les deux, aucun ? La réponse n'a rien d'intuitif, et une donation non déclarée peut se payer en majorations et en intérêts de retard des années plus tard.
Bonne nouvelle d'entrée : le Paraguay ne taxe pas les donations. Toute la complexité est française. Et 2026 est une année particulière, puisqu'un dispositif exceptionnel permet de transmettre bien davantage que d'habitude en franchise de droits, jusqu'au 31 décembre.
Qui a le droit de taxer ?
La règle française
L'article 750 ter du Code général des impôts détermine la compétence fiscale française. Quatre configurations, dont une seule vous concerne vraiment.
| Configuration | La France taxe-t-elle ? |
|---|---|
| Donateur résident français | Oui, sur l'ensemble des biens donnés, où qu'ils se trouvent, quelle que soit la résidence du bénéficiaire. |
| Donateur non résident, bénéficiaire résident français depuis au moins 6 des 10 dernières années | Oui, sur l'ensemble des biens donnés, y compris ceux situés hors de France. C'est la configuration la plus fréquente pour nos clients. |
| Donateur non résident, bénéficiaire résident français depuis moins de 6 ans | Uniquement sur les biens situés en France : immobilier, comptes bancaires français, parts de société civile immobilière, contrats d'assurance-vie français. Les sommes détenues hors de France échappent à la taxation française. |
| Donateur et bénéficiaire tous deux non résidents | Uniquement sur les biens situés en France. |
Le point à retenir est contre-intuitif : votre résidence paraguayenne ne protège pas la donation. Si votre enfant vit en France depuis plus de six ans, la France taxe, même si vous êtes à Asunción et que les fonds partent d'un compte situé aux États-Unis. C'est la durée de résidence du bénéficiaire qui commande, pas la vôtre ni la localisation de l'argent.
La règle paraguayenne
Elle tient en une ligne : le Paraguay n'applique aucun droit de donation. Ni pour celui qui donne, ni pour celui qui reçoit. Aucun formulaire à déposer auprès de la DNIT, aucun impôt sur le revenu déclenché, aucune formalité fiscale. Vous pouvez transmettre un million d'euros depuis le Paraguay sans qu'un guarani soit dû localement.
Une seule obligation subsiste, et elle n'est pas fiscale : les transferts internationaux dépassant l'équivalent de 10 000 dollars sont signalés par l'établissement financier au dispositif national de prévention du blanchiment. C'est une déclaration automatique de la banque, pas une démarche de votre part, et elle ne pose aucune difficulté dès lors que l'origine des fonds est documentée.
L'absence de convention
Il n'existe pas de convention fiscale entre la France et le Paraguay. En théorie, cela ouvre la voie à une double imposition. En pratique, comme le Paraguay ne taxe rien, il n'y a rien à dédoubler : seule la France prélève, lorsqu'elle est compétente. La contrepartie est qu'aucun crédit d'impôt ne viendra atténuer les droits français, contrairement à ce que permettrait une convention.
Les abattements français, et ce qu'ils permettent en 2026

L'abattement de droit commun
| Lien de parenté | Abattement |
|---|---|
| Parent vers enfant | 100 000 € par enfant et par parent |
| Grand-parent vers petit-enfant | 31 865 € |
| Arrière-grand-parent vers arrière-petit-enfant | 5 310 € |
| Entre époux ou partenaires de PACS | 80 724 € |
| Frère ou sœur | 15 932 € |
| Neveu ou nièce | 7 967 € |
| Sans lien de parenté | Aucun. Taxation dès le premier euro, au taux de 60 %. |
Ces abattements se reconstituent tous les quinze ans.
Le don familial de sommes d'argent
L'article 790 G ajoute 31 865 € par enfant et par parent, réservé aux dons d'argent, espèces, chèque ou virement. Deux conditions : le donateur doit avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire doit être majeur. Renouvelable également tous les quinze ans, et cumulable avec l'abattement de droit commun.
Le dispositif temporaire de 2026, à ne pas manquer
C'est l'élément que la plupart des guides n'ont pas intégré. La loi de finances pour 2025 a créé l'article 790 A bis, qui exonère 100 000 € supplémentaires par donateur, dans la limite de 300 000 € par bénéficiaire tous donateurs confondus.
| Condition | Détail |
|---|---|
| Période | Dons réalisés entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026. Une prorogation est possible mais nullement acquise. |
| Donateurs éligibles | Parents, grands-parents, arrière-grands-parents. À défaut de descendance directe, oncles et tantes vers neveux et nièces. |
| Affectation obligatoire | Les fonds doivent être employés dans les six mois, soit à l'acquisition d'un logement neuf ou en état futur d'achèvement, soit à des travaux de rénovation énergétique dans la résidence principale du bénéficiaire. |
| Engagement de conservation | Le logement doit rester résidence principale du bénéficiaire, ou être loué à titre de résidence principale, pendant cinq ans. À défaut, l'exonération est remise en cause. |
| Cumul | S'ajoute intégralement à l'abattement de 100 000 € et au don familial de 31 865 €. |
La conséquence chiffrée est considérable. Un même parent peut transmettre à un enfant, en 2026 et sans aucun droit, 231 865 € : 100 000 € d'abattement de droit commun, 31 865 € de don familial, et 100 000 € au titre du dispositif temporaire. Pour un couple avec deux enfants, l'enveloppe totale dépasse 900 000 €, sous réserve que chaque enfant respecte le plafond de 300 000 € au titre du seul 790 A bis et les conditions d'affectation.
Un point de calendrier mérite attention : un don effectué en novembre 2026 devra être employé au plus tard en mai 2027, donc après l'expiration du dispositif. C'est autorisé, mais l'ensemble de l'opération, donation et remploi, doit être planifié dès maintenant.
Au-delà des abattements
Le surplus est taxé selon un barème progressif en ligne directe : 5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % jusqu'à 12 109 €, 15 % jusqu'à 15 932 €, 20 % jusqu'à 552 324 €, puis 30 %, 40 % et 45 % au-delà de 1 805 677 €. La tranche à 20 % couvrant une plage très large, c'est elle qui détermine en pratique le coût d'une donation importante.
L'obligation de déclarer
Toute donation à un résident fiscal français doit être déclarée, même lorsque les droits sont nuls. Trois raisons à cela : enregistrer la consommation de l'abattement, calculer et acquitter les droits éventuels, et surtout faire courir le délai de quinze ans. Une donation déclarée sort du rappel fiscal au bout de quinze ans. Une donation non déclarée peut être rappelée sans limite de temps.
| Nature | Formalité | Qui déclare | Délai |
|---|---|---|---|
| Don d'argent, y compris au titre des articles 790 G et 790 A bis | Formulaire 2735, déposé auprès du service des impôts des particuliers du bénéficiaire, ou directement en ligne depuis son espace personnel sur impots.gouv.fr, rubrique de déclaration de don. | Le bénéficiaire, jamais le donateur. C'est votre enfant qui accomplit la formalité. | Dans le mois suivant le don, en application de l'article 635 A du CGI. |
| Donation de biens, nue-propriété, parts de société, immobilier | Acte notarié. Le notaire se charge de l'enregistrement et du dépôt. | Le notaire | Dans le mois suivant l'acte. |
Le formulaire demande l'identité et l'adresse des deux parties, le lien de parenté, le montant, la date, les abattements mobilisés et les donations antérieures des quinze dernières années. Ce dernier point est essentiel : c'est lui qui permet de vérifier le solde d'abattement disponible.
Côté paraguayen, aucune déclaration n'est requise. Conservez simplement les justificatifs du transfert.
Organiser la transmission

Commencer tôt
Les abattements se renouvelant tous les quinze ans, chaque décennie de retard supprime un cycle. Un parent qui commence à 45 ans dispose de deux cycles complets avant 80 ans, âge auquel le don familial de 31 865 € cesse d'être accessible. Celui qui commence à 70 ans n'en aura qu'un. Sur deux enfants et avec deux parents, la différence se chiffre en centaines de milliers d'euros de capacité de transmission non taxée.
Étaler plutôt que concentrer
L'arithmétique est brutale. Transmettre 400 000 € à un enfant en une seule fois laisse, après abattements, une base taxable d'environ 268 000 € et près de 52 000 € de droits. La même somme répartie sur trois cycles de quinze ans ne coûte que quelques centaines d'euros. Le temps est le seul levier gratuit de la transmission.
Combiner les enveloppes
Les trois dispositifs mobilisent des enveloppes distinctes et ne se concurrencent pas. S'y ajoute le présent d'usage, cadeau lié à un événement précis, anniversaire, mariage, réussite à un examen, et proportionné aux facultés du donateur. Il est totalement exonéré, ne se déclare pas et ne consomme aucun abattement.
Une précision honnête sur ce dernier point : aucun seuil légal n'existe, et les montants que l'on voit circuler ne sont que des ordres de grandeur tirés de décisions d'espèce. Le juge apprécie au cas par cas le rapport entre le cadeau, le patrimoine et les revenus du donateur, ainsi que la réalité de l'occasion. Un versement régulier sans événement rattachable sera requalifié en donation.
Combiner avec le démembrement
Si vous détenez un bien en France, la donation de sa nue-propriété consomme l'abattement de droit commun, tandis que le don d'argent mobilise les enveloppes de l'article 790 G et, cette année, celle de l'article 790 A bis. Les deux opérations se cumulent la même année. Le mécanisme est détaillé dans notre guide du démembrement de propriété depuis le Paraguay.
La fenêtre des six ans
Un enfant qui vient de s'installer en France n'y est pas encore résident depuis six des dix dernières années. Pendant cette période, la France ne taxe pas les donations portant sur des biens situés hors de France. La règle est écrite dans la loi et son application est parfaitement légitime.
Deux réserves toutefois, que nous préférons énoncer plutôt que de vous laisser les découvrir. La computation du délai n'est pas toujours évidente lorsque le parcours de l'enfant a été discontinu, et une opération de montant très important calée au plus près de l'échéance peut attirer l'attention de l'administration. Si cette configuration est la vôtre, faites valider le calendrier par un notaire ou un avocat fiscaliste avant de virer les fonds, pas après.
Virer l'argent : les points pratiques
Trois canaux existent, dont les coûts varient dans un rapport de un à cent. Un virement bancaire international classique cumule des frais fixes de part et d'autre et surtout une marge de change bancaire souvent comprise entre 1 et 3 %, soit un à trois mille euros sur cent mille. Les services de transfert spécialisés ramènent cette marge à quelques dixièmes de point. La conversion via un compte-titres, quand vous en détenez un, offre les taux les plus proches du marché interbancaire, mais un virement entrant émis par un courtier déclenche fréquemment des questions de conformité auprès de la banque française : prévenez-la en amont et tenez les relevés à disposition.
Sur la traçabilité, quelques réflexes suffisent. Indiquez un libellé explicite sur le virement, du type « donation familiale de X à Y ». Conservez l'ordre de virement, le relevé du compte émetteur, celui du compte destinataire, et la copie du formulaire 2735 avec son accusé de réception. Une courte lettre signée des deux parties, rappelant le montant, la date, le lien de parenté et les abattements mobilisés, n'est pas obligatoire mais règle bien des discussions en cas de contrôle.
Six erreurs qui coûtent cher
- Croire que la France n'a rien à savoir. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus onéreuse. L'argent part du Paraguay, transite par un compte étranger, arrive sur un compte français : le raisonnement paraît solide et il est faux. Si l'enfant est résident français depuis plus de six ans, la France est compétente. L'échange automatique d'informations entre administrations fiscales rend la détection banale, et les majorations peuvent atteindre 40 % en cas de manquement délibéré, sans compter les intérêts de retard.
- Confondre donation, obligation alimentaire et prêt. Payer le loyer, les études ou les soins d'un enfant majeur sans ressources relève de l'obligation d'entretien des parents, prévue par le Code civil : ce n'est pas une donation, il n'y a ni formulaire ni consommation d'abattement. Un prêt familial n'est pas davantage une donation, mais il doit être réel, écrit, et déclaré au-delà de 5 000 € via le formulaire 2062 ; un prêt jamais remboursé se requalifie en donation déguisée. Verser 100 000 € pour un apport immobilier, en revanche, est une donation sans ambiguïté.
- Perdre le compte des abattements. Ils se cumulent sur quinze ans glissants. Un don de 80 000 € en 2020 ne laisse que 20 000 € d'abattement de droit commun disponibles jusqu'en 2035. Tenez un tableau simple : date, montant, dispositif mobilisé, solde restant.
- Virer sans libellé. Un virement de six chiffres sans motif est une invitation à la requalification. Le libellé coûte dix secondes et vaut preuve d'intention.
- Ne pas briefer son enfant. L'obligation déclarative pèse sur lui, pas sur vous. C'est également lui qui devra déclarer en France les revenus produits par les sommes reçues une fois placées. Ne présumez pas qu'il le sait.
- Sous-estimer l'évaluation d'un bien paraguayen. Donner un immeuble situé au Paraguay à un enfant résident français de longue date est taxable en France, sur une valeur que l'administration peut contester faute de références de marché. Faites établir une évaluation par un expert agréé localement et joignez le rapport.
Synthèse

| Situation | Paraguay | France |
|---|---|---|
| Don d'argent à un enfant résident français depuis plus de 6 ans | 0 % | Abattements cumulables, jusqu'à 231 865 € par parent en 2026. Formulaire 2735 obligatoire. Barème progressif au-delà. |
| Don d'argent à un enfant résident français depuis moins de 6 ans | 0 % | 0 % sur les sommes détenues hors de France. Taxation normale sur les biens situés en France. |
| Don d'argent à un enfant résident paraguayen | 0 % | 0 %, sauf biens situés en France. |
| Donation de nue-propriété d'un bien français | 0 % | Abattement de droit commun, valeur déterminée par le barème de l'article 669. Acte notarié obligatoire. |
| Aide régulière à un enfant sans ressources | 0 % | Obligation d'entretien, hors champ des droits de donation. |
| Présent d'usage lié à un événement | 0 % | Exonéré, non déclaré, sans consommation d'abattement, sous réserve de proportionnalité. |
Conclusion
Transmettre depuis le Paraguay vers la France est simple d'un côté et technique de l'autre. Le Paraguay est fiscalement neutre : aucun droit, aucune déclaration. La France applique ses règles dès lors que votre enfant y réside durablement, mais elle offre des abattements suffisamment larges pour qu'une transmission bien étalée ne coûte pratiquement rien.
L'année 2026 est atypique et cela mérite d'être dit clairement : le dispositif de l'article 790 A bis ajoute 100 000 € exonérés par donateur, sous condition d'affectation à un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique, et il disparaît le 31 décembre sauf prorogation. Si un de vos enfants a un projet immobilier, la fenêtre se referme dans quelques mois.
Trois principes tiennent l'ensemble : commencer tôt pour multiplier les cycles de quinze ans, déclarer systématiquement même quand rien n'est dû, et documenter chaque virement. Le reste relève de l'arithmétique, et elle joue en votre faveur. Compte tenu des montants en jeu et des conditions attachées au dispositif temporaire, faites valider votre schéma par un notaire ou un avocat fiscaliste avant d'exécuter les virements.
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