Pilier 1 et Pilier 2 OCDE : l'avenir de la fiscalité internationale expliqué simplement en 2026
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Si vous suivez l'actualité fiscale internationale, vous avez forcément croisé les termes "Pilier 1" et "Pilier 2" de l'OCDE. Ce sont les deux réformes les plus ambitieuses de la fiscalité internationale depuis la création de l'impôt sur les sociétés il y a un siècle. Le Pilier 1 veut redistribuer les droits d'imposition des géants du numérique. Le Pilier 2 veut imposer un taux minimum mondial de 15 % aux grandes multinationales. Ensemble, ils redessinent les règles du jeu fiscal mondial — et ils alimentent une question légitime pour chaque expatrié : est-ce que ça va finir par me concerner ?
Notre guide BEPS 2.0 couvrait les mécanismes techniques. Ce guide va plus loin : il explique les Piliers 1 et 2 de manière accessible, décrypte les forces politiques en jeu, projette les scénarios d'évolution à 5-10 ans, et analyse ce que l'avenir de la fiscalité internationale signifie concrètement pour quelqu'un qui vit au Paraguay avec une LLC US et des revenus à 0 %.
Pilier 1 : redistribuer l'impôt des géants du numérique
Le problème que le Pilier 1 cherche à résoudre
Le système fiscal international actuel repose sur un principe centenaire : une entreprise est imposée là où elle a une présence physique (usine, bureau, employés). Ce principe fonctionnait quand les entreprises étaient des aciéries ou des constructeurs automobiles. Il ne fonctionne plus quand les entreprises sont Google, Facebook, ou Netflix :
- Google génère des milliards de revenus publicitaires en France grâce aux recherches des utilisateurs français — sans avoir d'usine ni de bureau significatif en France. Son siège fiscal est en Irlande (IS 15 %), ses brevets aux Bermudes (IS 0 %).
- Netflix a 15 millions d'abonnés en France qui paient chacun 13-20 €/mois — mais Netflix est imposé aux Pays-Bas et aux USA, pas en France.
- Facebook/Meta monétise les données de 40 millions d'utilisateurs français — sans présence physique significative en France.
- Résultat : les pays où les clients se trouvent (les "pays de marché") ne perçoivent presque pas d'impôt sur les bénéfices de ces entreprises. L'impôt va aux pays où se trouvent les sièges et les brevets (Irlande, Pays-Bas, Luxembourg, Bermudes) — souvent à des taux très bas.
Le Pilier 1 veut corriger cette asymétrie en donnant aux pays de marché le droit de taxer une partie des bénéfices des très grandes entreprises — même si elles n'y ont pas de présence physique.
Le mécanisme simplifié
Le Pilier 1 fonctionne en deux étapes :
- Identifier les entreprises concernées : seules les entreprises avec un chiffre d'affaires mondial supérieur à 20 milliards € ET une marge bénéficiaire supérieure à 10 % sont concernées. C'est un seuil extrêmement élevé — environ 100 entreprises dans le monde (Apple, Microsoft, Alphabet/Google, Amazon, Meta, Samsung, LVMH, Nestlé, etc.). Pas les PME. Pas les freelances. Pas les LLC US.
- Réallouer une fraction des bénéfices : 25 % du bénéfice "résiduel" (c'est-à-dire le bénéfice au-delà de la marge de 10 %) est redistribué aux pays de marché proportionnellement au chiffre d'affaires réalisé dans chaque pays. Le pays de marché peut taxer cette fraction selon son propre taux d'IS.
Exemple simplifié : TechCorp a un CA mondial de 100 milliards €, un bénéfice de 30 milliards € (marge 30 %), et réalise 5 % de son CA en France (5 milliards €). Le bénéfice résiduel = 30 milliards - 10 milliards (marge "de routine" 10 %) = 20 milliards €. La part réallouable = 25 % × 20 milliards = 5 milliards €. La part France = 5 % × 5 milliards = 250 millions €. La France peut taxer ces 250 millions € à son taux d'IS (25 %) = 62,5 millions € d'impôt.
Le statut en 2026 : enlisé
Le Pilier 1 est la partie la plus ambitieuse — et la plus enlisée — de la réforme OCDE :
- La Convention Multilatérale (MLC) : l'accord-cadre qui devait porter le Pilier 1 n'a pas encore été signé par tous les pays nécessaires. Les négociations sur les détails techniques (formule d'allocation, mécanisme de résolution des litiges, élimination des taxes numériques nationales) sont complexes et politiquement sensibles.
- Le blocage américain : les USA — domicile des entreprises les plus concernées (Apple, Google, Amazon, Meta, Microsoft) — sont réticents. Le Congrès américain voit le Pilier 1 comme un transfert de droits d'imposition américains vers d'autres pays. Aucune majorité au Sénat pour ratifier la MLC en 2026.
- Les taxes numériques nationales : en attendant le Pilier 1, de nombreux pays ont adopté leurs propres taxes sur les services numériques (Digital Services Tax — DST). La France a sa "taxe GAFA" (3 % du CA des grandes plateformes numériques en France). L'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni ont des taxes similaires. Ces taxes étaient censées être temporaires (en attendant le Pilier 1) — mais comme le Pilier 1 tarde, elles deviennent permanentes.
- Calendrier réaliste : l'entrée en vigueur du Pilier 1 est repoussée à 2028 au plus tôt — et certains experts estiment qu'il ne sera jamais implémenté sous sa forme actuelle. La probabilité que le Pilier 1 aboutisse tel que négocié est estimée à 30-40 % par les fiscalistes internationaux.
Impact pour un expatrié au Paraguay
Aucun. Le Pilier 1 concerne environ 100 multinationales à 20+ milliards € de CA. Si vous lisez ce guide, vous n'êtes pas le CEO d'Apple. Votre LLC US à 200 000 €/an de CA n'est pas dans le radar. Le Pilier 1 est un enjeu géopolitique entre grandes puissances (USA, UE, Chine) et grandes entreprises (GAFAM) — pas un enjeu pour les expatriés individuels.
Pilier 2 : l'impôt minimum mondial de 15 %

Le problème que le Pilier 2 cherche à résoudre
Le Pilier 2 s'attaque à un problème différent : la course vers le bas (race to the bottom) des taux d'IS. Depuis 40 ans, les pays baissent leurs taux d'IS pour attirer les multinationales :
- Le taux moyen d'IS dans le monde est passé de ~40 % dans les années 1980 à ~23 % en 2026.
- Certains pays offrent des taux effectifs de 0-5 % via des régimes spéciaux (patent boxes, holdings, zones franches).
- Les multinationales jouent les pays les uns contre les autres : « Si vous ne baissez pas votre taux, nous déplaçons notre siège/brevets/profits chez votre voisin. »
- Résultat : les États perdent des centaines de milliards de recettes fiscales chaque année. Les citoyens ordinaires (qui ne peuvent pas déplacer leurs revenus) compensent via l'IR et les cotisations sociales → pression fiscale croissante sur les ménages.
Le Pilier 2 pose un plancher : aucune filiale de grande multinationale ne sera taxée à moins de 15 %, quel que soit le pays où elle est située. Si un pays taxe une filiale à 5 %, le pays de la maison mère peut prélever un complément de 10 % pour porter le total à 15 %. La course vers le bas est stoppée — le plancher est fixé.
Le mécanisme GloBE en version accessible
Le Pilier 2 (nom officiel : GloBE — Global Anti-Base Erosion) repose sur deux règles complémentaires :
Règle 1 : L'IIR (Income Inclusion Rule — Règle d'inclusion du revenu)
- Le pays de la maison mère calcule le taux d'imposition effectif de chaque filiale dans chaque pays.
- Si une filiale est taxée à moins de 15 % dans son pays, la maison mère paie un "top-up tax" (complément d'impôt) dans son propre pays pour porter le taux à 15 %.
- Exemple : une filiale irlandaise d'un groupe français est taxée à 12 %. La France (pays de la maison mère) prélève un complément de 3 % (15 % - 12 %) sur les bénéfices de la filiale irlandaise.
Règle 2 : L'UTPR (Undertaxed Payment Rule — Règle sur les paiements insuffisamment taxés)
- Si le pays de la maison mère n'applique pas l'IIR (par exemple, les USA qui n'ont pas adopté le Pilier 2), un AUTRE pays du groupe peut prélever le complément d'impôt.
- C'est un mécanisme de "filet de sécurité" — si la maison mère ne collecte pas le complément, un autre pays le fait à sa place.
Le QDMTT (Qualified Domestic Minimum Top-Up Tax)
- Les pays "à faible fiscalité" peuvent choisir d'adopter eux-mêmes un QDMTT — un impôt minimum local de 15 % qui capture le complément d'impôt AVANT que le pays de la maison mère ne le fasse.
- Logique : si l'Irlande sait que la France va prélever 3 % de complément sur les bénéfices de la filiale irlandaise, l'Irlande préfère prélever elle-même ces 3 % (au moins l'argent reste en Irlande au lieu d'aller en France).
- L'Irlande, la Suisse, Hong Kong, Singapour, et les EAU ont tous adopté ou annoncé des QDMTT pour "garder" le complément d'impôt chez eux.
Le statut en 2026 : en cours d'implémentation
Contrairement au Pilier 1 (enlisé), le Pilier 2 avance rapidement :
| Pays/Zone | Statut Pilier 2 en 2026 |
|---|---|
| Union Européenne | Directive transposée (décembre 2022). IIR en vigueur depuis 2024. UTPR depuis 2025. Tous les États membres appliquent le Pilier 2. |
| Royaume-Uni | En vigueur depuis 2024 (Multinational Top-up Tax + Domestic Top-up Tax). |
| Japon | En vigueur depuis avril 2024. |
| Corée du Sud | En vigueur depuis 2024. |
| Canada | Législation adoptée. En vigueur 2024-2025. |
| Australie | Législation adoptée. En vigueur 2025. |
| Suisse | QDMTT adopté par référendum en 2023. En vigueur depuis 2024. |
| Singapour | QDMTT annoncé. En cours d'implémentation. |
| Hong Kong | QDMTT en consultation. Implémentation prévue 2025-2026. |
| EAU | QDMTT annoncé (en complément de l'IS de 9 % introduit en 2023). |
| États-Unis | PAS adopté. Le Congrès bloque. Les USA ont le GILTI (mécanisme CFC similaire) mais pas le Pilier 2 tel quel. Divergence avec le reste du monde. |
| Paraguay | PAS adopté. Pas de QDMTT annoncé. Pas de pression significative (pas de multinationales à 750+ M € au Paraguay). |
L'anomalie américaine : le GILTI vs le Pilier 2
Le plus grand point de friction du Pilier 2 est la position américaine. Les USA ont leur propre mécanisme anti-CFC — le GILTI (Global Intangible Low-Taxed Income) — qui fonctionne différemment du Pilier 2 :
| Critère | Pilier 2 (GloBE) | GILTI (USA) |
|---|---|---|
| Taux minimum | 15 % | ~10,5-13,125 % (50 % du taux IS US de 21 %, avec crédit d'impôt de 80 %) |
| Calcul | Pays par pays (juridiction par juridiction) | Global (tous les revenus étrangers agrégés — un pays à 25 % compense un pays à 0 %) |
| Seuil | CA consolidé > 750 M € | Toute "Controlled Foreign Corporation" d'un actionnaire US |
| Exclusion de substance | Oui (SBIE — Substance-Based Income Exclusion : 5 % de la masse salariale + 5 % de la valeur des actifs tangibles sont exclus) | Oui (QBAI — 10 % de la valeur des actifs tangibles sont exclus) |
Le problème : le GILTI américain ne respecte pas toutes les spécifications du Pilier 2 (calcul global vs pays-par-pays, taux inférieur à 15 %). Si les USA n'adoptent pas le Pilier 2, les autres pays pourraient appliquer l'UTPR contre les filiales américaines — taxant les bénéfices "insuffisamment taxés" des entreprises US dans le monde entier. C'est une source de tension géopolitique majeure qui pourrait mener à des représailles commerciales (tariffs, sanctions).
Pour un expatrié au Paraguay, cette bataille entre grandes puissances est un spectacle à observer de loin — elle ne vous concerne pas directement.
L'avenir de la fiscalité internationale : les 5 tendances structurelles
Tendance 1 : La convergence des taux d'IS vers 15-20 %
Le Pilier 2 crée un plancher de 15 % pour les multinationales. Les conséquences en cascade :
- Les pays qui offraient des taux < 15 % les remontent (Irlande : 12,5 % → 15 %, EAU : 0 % → 9 % + QDMTT, Singapour : QDMTT).
- Les pays qui avaient des taux de 25-35 % ne les baissent plus en dessous de 15 % (le plancher empêche la course vers le bas).
- Résultat probable à 10 ans : convergence mondiale des taux d'IS effectifs vers 15-20 % (vs 0-40 % aujourd'hui). Les écarts entre pays se réduisent — la "concurrence fiscale" sur l'IS perd de son intensité.
- Impact pour les expatriés : la convergence des taux d'IS rend la structuration via des sociétés moins avantageuse. Mais elle ne touche pas la fiscalité des personnes physiques (l'IR et la territorialité ne sont pas concernés par le Pilier 2). Votre LLC US transparente (pas d'IS) + résidence PY (territorialité 0 % sur revenus étrangers) reste efficace indépendamment de la convergence des taux d'IS.
Tendance 2 : La fin des régimes fiscaux préférentiels pour les entreprises
Les régimes spéciaux qui offraient des taux < 15 % aux entreprises sont en voie de disparition ou de réforme :
- Patent boxes : les régimes qui taxaient les revenus de propriété intellectuelle à 5-10 % (Luxembourg, Pays-Bas, Belgique, Irlande) sont ajustés pour respecter le plancher de 15 % pour les groupes couverts par le Pilier 2.
- Holdings exonérées : les structures holding qui permettaient de recevoir des dividendes et plus-values à 0-5 % sont réévaluées. Le Luxembourg, les Pays-Bas, et la Suisse adaptent leurs régimes.
- Zones franches : les zones franches à taux zéro (EAU, certains pays asiatiques) introduisent des QDMTT pour les entreprises couvertes par le Pilier 2.
- Impact pour les expatriés : si vous avez une holding luxembourgeoise ou une structure de détention via un patent box, vérifiez avec votre avocat si le Pilier 2 impacte votre taux effectif. Pour une LLC US transparente d'un expatrié au Paraguay : aucun impact (la LLC n'est pas une filiale d'un groupe à 750+ M € de CA).
Tendance 3 : La montée de la transparence (CRS élargi, DAC9+, CARF crypto)
La transparence fiscale ne va que dans une direction : plus de données, plus d'échanges, plus de croisements. Les systèmes actuels (CRS, DAC2-9, FATCA) vont être complétés par :
- CARF (Crypto-Asset Reporting Framework) : extension mondiale du reporting crypto (au-delà de l'UE). Adoption prévue par 50+ pays d'ici 2027.
- Registres des bénéficiaires effectifs interconnectés : l'UE pousse pour un registre mondial des bénéficiaires effectifs de sociétés, trusts, et fondations. Votre LLC US, votre SRL paraguayenne, votre holding luxembourgeoise — les propriétaires réels seront connus de toutes les administrations fiscales.
- IA et big data : les administrations fiscales investissent massivement dans l'IA pour croiser les données et identifier les anomalies. La DGFiP française est pionnière mais d'autres suivent (HMRC britannique, ATO australienne, CRA canadienne).
- Impact pour les expatriés : la transparence est VOTRE ALLIÉE dans un pays territorial. Plus les administrations fiscales voient vos comptes et vos structures, plus elles constatent que tout est en règle : résidence PY effective, revenus étrangers exonérés par la loi PY, déclarations DNIT à jour. La transparence confirme votre position au lieu de la menacer. Voir notre guide CRS.
Tendance 4 : La pression sur les personnes physiques fortunées
Après les multinationales (Pilier 2), la prochaine cible sera les personnes physiques ultra-riches :
- La proposition Zucman (G20 brésilien, 2024) : impôt minimum de 2 % sur le patrimoine net des milliardaires. ~3 000 personnes concernées dans le monde. Revenus estimés : 200-250 milliards USD/an.
- L'EU Tax Observatory : organisme académique dirigé par Gabriel Zucman qui publie des rapports influents sur la taxation des ultra-riches. Ses recommandations alimentent le débat politique européen.
- Les exit taxes renforcées : la France a durci son exit tax en 2026 (délai de dégrèvement étendu). D'autres pays suivent (Norvège a introduit une exit tax en 2023). La tendance est à l'élargissement et au durcissement des exit taxes pour "capturer" la richesse avant qu'elle ne parte.
- Les impôts sur la fortune : la Norvège, l'Espagne, et la Colombie ont renforcé leurs impôts sur la fortune. La France pourrait revenir à un ISF élargi (l'IFI actuel ne couvre que l'immobilier).
Impact pour les expatriés au Paraguay :
- Un impôt minimum mondial sur les ultra-riches (type Zucman) ne concernerait que les patrimoines > 100 M USD — pas les expatriés "normaux".
- Les exit taxes sont un enjeu au MOMENT DU DÉPART — pas après. Une fois installé au Paraguay, l'exit tax française est en sursis (et s'annule après 5-8 ans). L'essentiel est de partir correctement et de respecter les obligations déclaratives pendant le sursis.
- Un impôt sur la fortune paraguayen n'existe pas et n'est pas en discussion. La culture politique paraguayenne est anti-impôt sur la fortune.
- Le vrai risque à long terme : un éventuel impôt basé sur la citoyenneté (comme les USA), où la France taxerait ses citoyens même quand ils vivent à l'étranger. Ce scénario est extrême (contraire à la libre circulation UE), très impopulaire politiquement, et loin d'être en discussion. Mais si c'était le cas, la nationalité paraguayenne (obtenue après 3 ans) offrirait une porte de sortie.
Tendance 5 : La fragmentation entre blocs géopolitiques
Malgré la rhétorique de "consensus mondial", le système fiscal international se fragmente :
- Bloc UE : implémentation rapide du Pilier 2, pression pour le Pilier 1, élargissement des DAC, standardisation des CFC rules via ATAD. L'UE est le champion de la coordination fiscale — et de la pression sur les pays tiers.
- Bloc USA : approche unilatérale. Les USA ont le GILTI (pas le Pilier 2), FATCA (pas le CRS — asymétrie de réciprocité), et un Congrès qui bloque le Pilier 1. Les USA participent aux discussions OCDE mais implémentent à leur manière.
- Bloc pays émergents : Brésil, Inde, Afrique du Sud poussent pour plus de droits d'imposition sur les multinationales (pas satisfaits du Pilier 1 qui ne leur donne pas assez). Certains pourraient adopter des mesures unilatérales (taxes numériques locales) en dehors du cadre OCDE.
- Les "petits pays" territoriaux : Paraguay, Panama, Hong Kong, Singapour naviguent entre les blocs — coopérant suffisamment (CRS, MAAC) pour rester hors des listes noires, tout en préservant leurs avantages compétitifs (territorialité, taux bas). Leur stratégie : se conformer aux standards de transparence sans abandonner leur souveraineté fiscale.
Impact pour les expatriés : la fragmentation crée des opportunités. Tant que les grandes puissances ne s'accordent pas sur un système uniforme (ce qui prendra des décennies), les différences entre systèmes fiscaux nationaux persistent — et les expatriés peuvent choisir le système le plus adapté. Le Paraguay, en tant que pays territorial coopératif hors des blocs de pression, est dans une position confortable.
Les scénarios à 5-10 ans : que va-t-il se passer ?

Scénario A : Convergence progressive (probabilité 50 %)
Le Pilier 2 s'enracine. De plus en plus de pays l'adoptent. Les taux d'IS convergent vers 15-20 %. Le Pilier 1 aboutit dans une version diluée (2028-2030). La transparence continue de s'élargir (CARF, registres bénéficiaires effectifs). Des discussions sur un impôt minimum pour les ultra-riches progressent lentement mais n'aboutissent pas avant 2035.
- Impact pour les expatriés au PY : aucun changement significatif. La territorialité PY n'est pas menacée. Le Pilier 2 ne couvre pas les personnes physiques. L'impôt minimum ultra-riches ne concerne que les milliardaires. La transparence (CRS+, CARF) continue d'augmenter mais reste un non-événement dans un pays territorial. Statut quo favorable.
Scénario B : Accélération réformiste (probabilité 25 %)
Le Pilier 2 est un succès. L'OCDE lance un "Pilier 3" visant les personnes physiques ultra-riches (patrimoine > 50-100 M €). Le seuil du Pilier 2 est abaissé de 750 M € à 250 M €. Les exit taxes sont harmonisées au niveau OCDE (recommandation de 15 % minimum sur les plus-values latentes au départ). La pression sur les pays territoriaux s'intensifie (l'OCDE demande au Paraguay de taxer les revenus étrangers des résidents au minimum à 15 %).
- Impact pour les expatriés au PY : potentiellement significatif si le Paraguay cède à la pression et modifie sa territorialité. Mais même dans ce scénario "accéléré" : les réformes prendraient des années à se concrétiser (négociations, législation, implémentation). Les expatriés auraient le temps de s'adapter (nationalité PY obtenue, patrimoine diversifié, structures ajustées). Et la pression porterait d'abord sur les ultra-riches — pas sur les freelances à 200 000 €/an.
- Stratégie préventive : obtenez la nationalité paraguayenne (3 ans), diversifiez vos actifs géographiquement, capitalisez rapidement pendant que la fenêtre à 0 % est ouverte.
Scénario C : Fragmentation et retour au bilatéralisme (probabilité 25 %)
Le consensus OCDE se fissure. Les USA refusent définitivement le Pilier 1 et le Pilier 2. L'UE avance seule avec ses propres règles (DAC10+, impôt européen sur les multinationales). Les pays émergents adoptent des mesures unilatérales (taxes numériques, retenues à la source majorées). Le cadre multilatéral s'effondre au profit d'accords bilatéraux entre blocs.
- Impact pour les expatriés au PY : paradoxalement favorable. La fragmentation signifie moins de coordination internationale, donc moins de pression sur les petits pays territoriaux. Le Paraguay peut continuer à appliquer sa territorialité sans pression multilatérale significative. Les expatriés naviguent entre les blocs en choisissant les meilleures juridictions pour chaque activité.
- Risque : les mesures unilatérales (taxes numériques, retenues à la source majorées) peuvent augmenter le coût de certaines transactions (un client français qui paie votre LLC US pourrait subir une retenue à la source majorée sur les paiements vers "les pays non coopératifs" — si la France élargit sa définition).
Ce que les Piliers 1 et 2 changent pour la stratégie patrimoniale
Ce qui reste inchangé
- La territorialité paraguayenne : non menacée par les Piliers 1 et 2 (ils visent les sociétés, pas les personnes physiques en territorialité).
- La LLC US transparente : non concernée par le Pilier 2 (pas d'IS, pas de filiale d'un groupe à 750+ M €).
- Les investissements via Interactive Brokers : non concernés (investissements personnels, pas de structure d'entreprise).
- L'assurance-vie luxembourgeoise : non concernée (produit d'assurance, pas une filiale de multinationale).
- L'immobilier au Paraguay : non concerné (actif tangible local, hors scope des Piliers).
Ce qui pourrait évoluer à long terme
- Les holdings interposées : si vous avez une holding luxembourgeoise qui détient des participations, le Pilier 2 peut impacter le taux effectif de la holding (si elle fait partie d'un groupe couvert). Pour la majorité des expatriés, ce n'est pas le cas — mais vérifiez si vous avez des structures complexes.
- L'exit tax française : la tendance au durcissement est indépendante des Piliers mais s'inscrit dans le même mouvement de "capturer" la richesse avant qu'elle ne parte. Si vous avez des participations significatives, planifiez le sursis d'exit tax soigneusement.
- Le coût de la conformité : la transparence accrue (CRS élargi, CARF, DAC9) augmente les obligations de reporting et les coûts de compliance (comptable, avocat). Pas d'impôt supplémentaire — mais des frais de gestion en hausse.
La stratégie recommandée : capitaliser maintenant
La fenêtre de territorialité à 0 % est ouverte aujourd'hui. Elle le sera probablement encore demain, et après-demain, et dans 5 ans. Mais la certitude diminue à mesure que l'horizon s'allonge. La stratégie rationnelle est de capitaliser au maximum maintenant — pendant que les règles sont claires, stables, et favorables :
- Chaque année à 0 % = une année de capitalisation maximale que personne ne peut reprendre rétroactivement.
- 5 ans à 0 % avec 150 000 €/an d'épargne = 750 000 € de patrimoine net supplémentaire (vs rester en France à 45-55 %).
- 10 ans à 0 % avec effet de composition (investissement à 7 %/an net) = 2+ millions € de patrimoine supplémentaire.
- Même si la territorialité devait changer dans 10 ans, les 10 années de capitalisation à 0 % sont définitivement acquises. C'est un avantage irréversible.
L'avenir est incertain — mais le présent est clair. Le Paraguay offre 0 % sur les revenus étrangers en 2026. Chaque jour que vous restez en France au lieu de vous expatrier, c'est un jour de capitalisation perdu. L'avenir de la fiscalité internationale se fera sans vous — mais votre patrimoine, lui, se construit avec vous, maintenant.
L'écosystème pour profiter de la fenêtre actuelle
- Résidence fiscale paraguayenne (2 500 €) — le socle
- LLC US — la structure de facturation à 0 %
- Compte bancaire paraguayen — l'ancrage local
- Comptabilité paraguayenne (30 €/mois) — la conformité DNIT
- Nationalité paraguayenne (après 3 ans) — le plan B ultime
- Immobilier Paraguay — la diversification patrimoniale tangible
Conclusion

Les Piliers 1 et 2 de l'OCDE sont les réformes les plus importantes de la fiscalité internationale depuis un siècle. Le Pilier 1 veut redistribuer les profits des géants du numérique (100 entreprises à 20+ Mds € de CA) — mais il est enlisé dans les négociations et pourrait ne jamais aboutir. Le Pilier 2 impose un plancher de 15 % d'IS aux multinationales (groupes à 750+ M € de CA) — et il est en cours d'implémentation rapide dans la plupart des grandes économies.
Pour un expatrié au Paraguay avec une LLC US et des revenus à 0 % : aucun impact en 2026, et probablement aucun impact à moyen terme. Le Pilier 2 cible les multinationales, pas les personnes physiques. La territorialité paraguayenne n'est pas un régime "à taux bas pour les entreprises" — c'est un système fiscal qui exonère les revenus étrangers des résidents. Deux concepts complètement différents.
Les tendances de fond (transparence accrue, convergence des taux d'IS, pression sur les ultra-riches, fragmentation géopolitique) dessinent un paysage fiscal qui évolue — mais qui évolue lentement. Les réformes qui toucheraient les personnes physiques "normales" (revenus < 5 M €/an) sont à horizon 10-15 ans au minimum, si elles arrivent un jour. La fenêtre de territorialité à 0 % est ouverte, stable, et disponible.
L'avenir de la fiscalité internationale est fascinant à observer. Mais la décision importante n'est pas de prédire l'avenir — c'est de profiter du présent. Le présent dit : le Paraguay offre 0 % sur vos revenus étrangers, légalement, durablement, et accessiblement. Chaque année que vous profitez de cette fenêtre est une année de patrimoine construite — et personne ne peut reprendre ce qui est déjà construit.
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