SA, SRL ou EAS au Paraguay : quelle forme juridique choisir en 2026 ?

SA, SRL ou EAS au Paraguay : quelle forme juridique choisir en 2026 ?

Quand un francophone crée une entreprise au Paraguay, le réflexe est la SRL, la société à responsabilité limitée. C'est la forme la plus répandue, la plus simple et la moins chère, et dans la majorité des cas c'est le bon choix. Notre service de création d'entreprise la retient par défaut pour les structures individuelles et les petites équipes.

Mais deux autres formes méritent d'être connues. La SA, société anonyme, devient nécessaire dès qu'il y a plusieurs investisseurs, des mouvements au capital ou une logique de holding. Et depuis 2020, l'EAS, entreprise par actions simplifiée, permet enfin de créer une société avec un associé unique, ce qui était impossible auparavant. Beaucoup de guides francophones l'ignorent encore, et continuent de conseiller aux entrepreneurs solos de recruter un associé de façade à 1 %. C'est inutile depuis six ans.

Ce guide compare les trois sur les critères qui décident réellement : gouvernance, circulation du capital, coûts et cas d'usage.

Le point le plus important : la fiscalité est identique

Autant l'écrire tout de suite, parce que c'est ce que la plupart des gens cherchent à savoir. La forme juridique ne change rien à l'imposition.

Impôt Traitement, quelle que soit la forme
Impôt sur le revenu des entreprises (IRE) 10 % sur les bénéfices de source paraguayenne
Impôt sur les dividendes (IDU) 8 % lorsque le bénéficiaire réside au Paraguay, 15 % s'il n'y réside pas. Les bénéfices affectés à la capitalisation ou à la réserve légale y échappent.
TVA 10 % sur les ventes de biens et services, exportations exonérées
Territorialité (loi 6380/2019) 0 % sur les revenus de source étrangère. Une holding paraguayenne qui perçoit des dividendes de filiales étrangères n'est pas imposée dessus, comme détaillé dans notre comparatif entre holding paraguayenne et luxembourgeoise.
Cotisations patronales Environ 16,5 % du salaire brut

Le choix de la forme est donc juridique et organisationnel, jamais fiscal. Vous ne gagnerez pas un guarani en optant pour l'une plutôt que l'autre.

Les trois formes en un tableau

EAS SRL SA
Base légale Loi 6480/2020 et son décret d'application Code civil paraguayen Code civil paraguayen
Nombre d'associés À partir d'un seul, personne physique ou morale. Une EAS unipersonnelle ne peut toutefois pas détenir une autre EAS unipersonnelle. Minimum 2, maximum 25. Le plafond est rigide : au-delà, transformation obligatoire. Minimum 2, sans plafond. C'est la forme des structures à actionnariat nombreux.
Capital Divisé en actions. Pas de minimum légal, libération partielle à la constitution. Divisé en cuotas, parts sociales. Pas de minimum légal strict ; en pratique quelques milliers de dollars. Libération de 50 % à la constitution. Divisé en actions obligatoirement nominatives. Pas de minimum pour une SA fermée. Libération de 50 % à la constitution.
Gouvernance Très allégée. Un actionnaire unique peut exercer lui-même les attributions des différents organes, y compris la représentation légale. Assemblée des associés et un ou plusieurs gérants, associés ou non. Pas d'organe de contrôle obligatoire. Assemblée, directorio (conseil d'administration) et síndico obligatoire, chargé de contrôler la gestion et de rendre compte à l'assemblée. Ce dernier doit être comptable ou avocat inscrit.
Circulation du capital Souple, par inscription au registre des actions. Restrictive. Droit de préemption des autres associés, approbation de l'assemblée, et surtout modification des statuts avec acte notarié et inscription au registre du commerce. Comptez plusieurs semaines et un coût réel. Libre, sauf clause statutaire contraire. Le transfert s'opère par simple inscription au livre des actionnaires : quelques jours, quelques centaines de dollars.
Émission de titres Non Non Seule forme pouvant émettre des obligations, créer des catégories d'actions privilégiées et accéder à la Bourse d'Asunción.
Publicité Faible Comptes non publiés Publication du bilan annuel dans un journal à diffusion nationale
Constitution Procédure dématérialisée, pensée pour être rapide et peu coûteuse Acte notarié et inscription au registre Acte notarié, publication et inscription au registre

Choisir

L'EAS, pour l'entrepreneur seul

C'est la réponse au problème que rencontrait tout freelance expatrié : la SRL exige deux associés, la SA en exigeait davantage, et il fallait donc trouver quelqu'un pour détenir une part symbolique. Cette solution était juridiquement fragile, puisqu'un associé même à 1 % dispose de droits, et pratiquement inconfortable.

L'EAS supprime la difficulté. Un développeur, un consultant, un traducteur, un e-commerçant qui veut facturer des clients paraguayens dispose désormais d'une personne morale à responsabilité limitée, à actionnaire unique, avec une constitution allégée. Un actionnaire étranger ne résidant pas au Paraguay peut la constituer en désignant un représentant légal remplissant les conditions de résidence.

Sa limite est celle de sa conception : elle vise les structures simples. Un projet appelant plusieurs investisseurs, une gouvernance élaborée ou une levée de fonds relève de la SA.

La SRL, pour deux ou trois associés stables

Elle reste pertinente dans une configuration précise : des associés qui ne bougeront pas, une activité opérationnelle, un besoin de discrétion sur les comptes, et un budget mesuré. Une agence, un commerce, un restaurant, un cabinet de conseil détenus par deux personnes qui travaillent ensemble depuis des années fonctionnent très bien en SRL.

Le point à peser avant de s'engager est la rigidité du capital. Faire entrer ou sortir un associé suppose de modifier les statuts, donc un acte notarié, une inscription au registre, et un délai. Si vous anticipez le moindre mouvement, cette rigidité deviendra coûteuse.

La SA, pour les structures à plusieurs

Cinq situations la rendent nécessaire, et une seule suffit à justifier son surcoût.

Une holding. Détenir des participations suppose de pouvoir les céder, les nantir, les démembrer. Les actions s'y prêtent, les parts de SRL beaucoup moins.

Des investisseurs qui entrent et sortent. C'est l'argument décisif. Un projet immobilier à quatre où deux partenaires prévoient de sortir dans trois ans coûtera, en SRL, plusieurs milliers de dollars et deux mois de procédure à chaque mouvement. En SA, quelques centaines de dollars et une semaine.

Plus de vingt-cinq participants. Le plafond de la SRL est absolu. Au-delà, seule la SA existe.

Un besoin de financement obligataire. Émettre des obligations sur le marché local, à des taux généralement inférieurs au crédit bancaire paraguayen, est réservé à la SA. C'est un levier réel pour une entreprise établie, décrit dans notre guide du marché obligataire paraguayen.

Une transmission organisée. Donner la nue-propriété d'actions en conservant l'usufruit se traite par inscription au livre des actionnaires. La même opération sur des parts de SRL impose une modification statutaire. Sur un patrimoine destiné à passer aux enfants, l'écart de fluidité compte.

Ce que cela coûte

Poste EAS SRL SA
Constitution Nettement réduite grâce à la procédure dématérialisée 1 500 à 3 000 USD 2 500 à 5 000 USD
Comptabilité et déclarations 200 à 500 USD par mois 300 à 700 USD par mois
Organe de contrôle Non requis 500 à 2 000 USD par an
Publication du bilan Non requise 200 à 500 USD par an
Coût annuel courant 2 500 à 6 000 USD 4 500 à 11 000 USD

L'écart annuel entre une SA et une structure simple se situe donc autour de 2 000 à 5 000 dollars. Il se justifie pleinement si les fonctions propres à la SA servent. Il est purement gaspillé sinon. Notre offre de comptabilité DNIT à 30 € par mois couvre les obligations courantes des structures simples.

Créer une SA : les étapes

La procédure prend en pratique quatre à huit semaines, contre trois à cinq pour une SRL et bien moins pour une EAS.

Tout commence par la rédaction des statuts par un avocat paraguayen. Dénomination, objet social, capital et catégories d'actions, durée, siège, composition et pouvoirs du conseil, désignation du síndico, règles de transfert des actions, affectation des bénéfices : ce document conditionne tout le reste et se rédige sur mesure. Comptez une à deux semaines.

Vient ensuite l'acte constitutif devant notaire, signé par les fondateurs, qui acte le capital, sa libération partielle et la nomination des premiers dirigeants. Puis la publication d'un extrait dans un journal national, obligation propre à la SA, et l'inscription au registre du commerce, qui confère la personnalité morale.

Restent les formalités opérationnelles : l'obtention du RUC auprès de la DNIT, indispensable pour facturer et déclarer, l'ouverture du compte bancaire professionnel, dont la procédure de conformité prend une à trois semaines, et le versement effectif du capital libéré.

Changer de forme en cours de route

La transformation d'une SRL en SA est possible : décision de l'assemblée à majorité qualifiée, avec droit de retrait pour les opposants, rédaction de nouveaux statuts, conversion des parts en actions, acte notarié, inscription et publication. Comptez 3 000 à 8 000 dollars et quatre à huit semaines. L'opération inverse existe aussi, un peu moins chère.

L'arithmétique invite donc à anticiper. Si vous savez que la SA sera nécessaire d'ici trois à cinq ans, créez-la d'emblée : le surcoût initial de un à deux mille dollars est inférieur au coût d'une transformation ultérieure. Si vous n'en savez rien, commencez simple, la transformation restant ouverte.

Cinq erreurs à éviter

  • Créer une SA pour l'image. La dénomination fait peut-être plus sérieuse, mais elle se paie plusieurs milliers de dollars par an. Banques, fournisseurs et clients paraguayens travaillent indifféremment avec les trois formes. Aucune discrimination commerciale ne compense ce surcoût.
  • Créer une SRL alors que la SA s'imposait. L'erreur symétrique, et la plus onéreuse. Économiser deux mille dollars par an pendant deux ans, puis payer une transformation, revient à perdre de l'argent et deux mois.
  • Croire aux actions au porteur. Elles n'existent plus. Le Paraguay a imposé la conversion de toutes les actions en titres nominatifs, et le registre des bénéficiaires effectifs achève le dispositif. Toute promesse d'anonymat par ce biais est un signal d'alarme sur celui qui la formule.
  • Nommer un síndico de complaisance. Le contrôleur d'une SA engage sa responsabilité personnelle sur ce qu'il aurait dû détecter. Un comptable ami qui signe sans vérifier pour quelques centaines de dollars vous expose autant qu'il s'expose, en cas de litige d'associés ou de contrôle fiscal.
  • Négliger la réserve légale. Une fraction du bénéfice net doit être affectée chaque année à une réserve indisponible jusqu'à ce qu'elle atteigne une proportion du capital. Ce n'est pas une option, et son omission engage les dirigeants. Point positif rarement souligné : les bénéfices ainsi mis en réserve échappent à l'impôt sur les dividendes.

Conclusion

Le Paraguay offre trois véhicules, fiscalement identiques et organisationnellement très différents.

L'EAS pour celui qui entreprend seul, avec la simplicité de constitution et l'absence d'associé de complaisance. La SRL pour deux ou trois associés stables sur une activité opérationnelle, avec la confidentialité des comptes en prime. La SA dès qu'il y a plusieurs investisseurs, des mouvements au capital, une logique de holding ou un besoin de financement obligataire.

La règle pratique : partez sur la structure la plus légère que votre projet supporte, sauf si vous savez déjà que la SA sera nécessaire à moyen terme. La transformation reste possible, mais elle coûte plus cher que d'avoir vu juste au départ. Compte tenu des conséquences de ce choix sur plusieurs années, faites-le valider par un avocat paraguayen au regard de votre projet réel.

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